Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402273

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402273
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant par ordonnance, a rejeté la requête de M. A. Ce dernier contestait un avis de mise en recouvrement et une mise en demeure de payer des intérêts de retard complémentaires (93.255,04 euros) liés à sa qualité de débiteur solidaire des dettes fiscales de la société GM Group Paris. Le tribunal a estimé que les conclusions dirigées contre l'avis de mise en recouvrement étaient irrecevables, car elles relevaient d'une contestation du bien-fondé de la créance, ce qui est exclu par l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. Les autres moyens, notamment ceux tirés de la prescription et du défaut de motivation, ont été jugés manifestement infondés ou inopérants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire complémentaire, enregistrés les 13 février, 31 juillet et 25 septembre 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Tedghui, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'avis de mise en recouvrement du 12 juin 2023 et la mise en demeure de payer du 5 septembre 2023 portant sur la somme de 93.255,04 euros correspondant à des intérêts de retard complémentaires mis à sa charge en qualité de débiteur solidaire des dettes fiscales de la société GM Group Paris, et de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;

2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'Etat de prononcer la remise gracieuse de la somme de 93.255,04 euros dans sa totalité, ou, à titre très subsidiaire, d'en prononcer la remise gracieuse partielle, ou, à titre infiniment subsidiaire, de prélever une quote-part de sa retraite afin d'apurer sa dette ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa demande est portée devant la juridiction compétente pour en connaître et est recevable ;

- aucun acte de poursuite antérieur ne mentionne l'existence de pénalités ou d'intérêts de retard, de sorte l'administration ne pouvait mettre à sa charge de tels pénalités et intérêts de retard au moyen de l'avis de mise en recouvrement du 12 juin 2023 et la mise en demeure de payer du 5 septembre 2023 ;

- les pénalités en cause étaient prescrites à la date d'émission de l'avis de mise en recouvrement, en application des dispositions des article L. 274 et L. 189 du livre des procédures fiscales ;

- en méconnaissance des dispositions l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales ni l'avis de mise en recouvrement ni la mise en demeure ne comportent le détail du calcul des pénalités concernées ni ne mentionnent que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits ;

- il est fondé à obtenir remise totale ou partielle des sommes réclamées en application des dispositions de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 12 juillet et 17 septembre 2024, la direction départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le tribunal administratif n'est pas compétent pour connaître de la régularité en la forme de la mise en demeure en litige ;

- le requérant est irrecevable à contester l'avis de mise en recouvrement par la voie d'une opposition à poursuite sur le fondement des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales ;

- il est également irrecevable à solliciter une remise gracieuse ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 17 juin 2005, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Paris du 7 février 2006, lui-même confirmé par un arrêt du 14 février 2007 de la cour de cassation, le tribunal de grande instance de Paris a notamment condamné M. A au paiement solidaire des dettes fiscales de la société GM Group Paris. L'intéressé s'étant acquitté hors délai de l'intégralité de ces dettes, l'administration, lui a adressé, le 12 juin 2023, un avis de mise en recouvrement, avec exigibilité immédiate, portant décompte de l'intérêt de retard complémentaire pour un montant de 93.255,04 euros puis, en l'absence de paiement, a, le 5 septembre 2023, établi à son encontre, pour la même somme, une mise en demeure de payer valant commandement. Par réclamation du 20 septembre 2023, M. A s'est opposé à cette mise en demeure. A la suite du rejet de cette réclamation, l'intéressé demande la décharge de l'obligation de payer la pénalité mise à sa charge en vertu tant de l'avis de mise en recouvrement que de la mise en demeure précités. Il demande, à titre subsidiaire, la remise totale ou partielle de cette pénalité.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents e formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'avis de mise en recouvrement du 12 juin 2023 :

3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 () "

4. L'avis de mise en recouvrement, dernier acte de la procédure d'assiette, ne constitue pas un acte de poursuite, mais un acte préalable à l'engagement de poursuites. Ainsi, en tant qu'elle est dirigée contre cet acte, l'opposition formée par M. A sur le fondement de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales est manifestement irrecevable.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la mise en demeure de payer valant commandement de payer du 5 septembre 2023 :

5. D'une part, en application des dispositions citées au point 3, il n'appartient pas au juge de l'impôt de connaître du moyen soulevé à l'encontre de cette mise en demeure et tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée, dès lors qu'un tel moyen a trait en la régularité en la forme de l'acte et relève, par conséquent, du juge de l'exécution. Par suite, cette contestation ne ressortit manifestement pas à la compétence de la juridiction administrative.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Sauf dispositions contraires et sous réserve de causes suspensives ou interruptives de prescription, l'action en recouvrement des créances de toute nature dont la perception incombe aux comptables publics se prescrit par quatre ans à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi du titre exécutoire tel que défini à l'article L. 252 A ().'

7. A supposer que M. A ait entendu se prévaloir de la prescription de l'action en recouvrement à l'encontre de la mise en demeure en cause, un tel moyen, au surplus imprécis, n'est assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien, dès lors qu'il est constant que cette mise en demeure a été émise seulement trois mois après l'envoi de l'avis de mise en recouvrement soit, de toute évidence, dans le délai de prescription quadriennale.

En ce qui concerne les conclusions à fin de remise gracieuse :

8. Aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable : / 2° Des remises totales ou partielles d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités et, le cas échéant, les impositions auxquelles elles s'ajoutent sont définitives () / Les dispositions des 2° et 3° sont le cas échéant applicables s'agissant des sommes dues au titre de l'intérêt de retard visé à l'article 1727 du code général des impôts () ". Aux termes de l'article R. 247-1 du même livre : " Les demandes prévues à l'article L. 247 tendant à obtenir à titre gracieux une remise, une modération ou une transaction, doivent être adressées au service territorial selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. Elles doivent contenir les indications nécessaires pour identifier l'imposition et, le cas échéant, être accompagnées soit de l'avis d'imposition, d'une copie de cet avis ou d'un extrait de rôle, soit de l'avis de mise en recouvrement ou d'une copie de cet avis () ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au juge de l'impôt d'accorder une remise gracieuse d'un impôt établi conformément à la loi ou des pénalités ou intérêts de retard correspondants. Les conclusions présentées à ce titre sont donc manifestement irrecevables. Il reste toutefois loisible au requérant, s'il s'y croit fondé, de présenter à l'administration une demande tendant à la remise gracieuse des intérêts de retard restant à sa charge.

En ce qui concerne les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de prélever une quote-part de sa retraite afin d'apurer sa dette

10. Il n'appartient pas au juge administratif, en dehors des cas prévus par les articles

L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ou lorsqu'il est saisi de demandes de mesures provisoires dans le cadre de procédures de référé, de prononcer des injonctions à l'encontre de l'administration. Les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de prélever une quote-part de sa retraite afin d'apurer sa dette doivent dès lors être rejetées comme manifestement irrecevables.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans son ensemble, y compris en ce qui concerne les frais d'instance, sur le fondement des 2°, 4° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy-Pontoise, le 11 octobre 2024.

Le président de la 2e chambre,

signé

C. Huon

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.