Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402885
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402885 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 février 2024, 27 mars 2024 et 25 avril 2024, Mme A C née B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 février 2024 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine, a refusé de lui verser les allocations familiales ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine a refusé de lui verser l'aide personnalisée au logement (APL) ;
3°) d'annuler la décision par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours préalable formé contre la décision du 14 novembre 2023, son refus de lui verser le revenu de solidarité active (RSA).
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal administratif a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'organisation judiciaire ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que (), des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".
Sur les conclusions relatives aux allocations familiales :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux général de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Enfin, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale : " les prestations familiales comprennent : () 2°) les allocations familiales ; () ".
3. En vertu de la combinaison des dispositions précitées, les conclusions de la requérante demandant l'annulation de la décision du 19 février 2024 par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine refuse de lui verser les allocations familiales ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, mais de celle de la juridiction du contentieux général de la sécurité sociale. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître en application du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
4. D'autre part, aux termes de l'article 32 du décret du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours () ". Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale ; () ". Aux termes de l'article D. 211-10-3 de ce code : " Le siège et le ressort des tribunaux judiciaires compétents pour connaître des litiges mentionnés à l'article L. 211-16 sont fixés conformément au tableau VIII-III annexé au présent code. ". Enfin, l'article R. 142-10 du code de la sécurité sociale prévoit, en ce qui concerne la procédure applicable aux litiges mentionnés à l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire précité, que : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par une disposition spéciale, le tribunal judiciaire territorialement compétent est celui dans le ressort duquel demeure le demandeur. () ".
5. Le litige portant sur l'admission à l'aide sociale de Mme C, il y a lieu, compte tenu du lieu de résidence de l'intéressée sur la commune de Meudon, de transmettre le dossier de la procédure au pôle social du tribunal judiciaire de Nanterre.
Sur les conclusions relatives au refus de verser l'APL :
6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ". Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation () ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser ".
7. Aux termes de l'article R. 823-10 du code de la construction et de l'habitation : "Les aides personnelles au logement sont dues à compter du premier jour du mois civil suivant celui au cours duquel les conditions d'ouverture du droit sont réunies.
Toutefois, lorsque ces conditions sont réunies antérieurement au mois de la demande, l'aide est due à compter du premier jour du mois au cours duquel la demande est déposée ".
8. Mme C doit être regardée comme soutenant que la CAF lui refuserait le versement de l'APL alors qu'elle aurait formé une réclamation contre ce refus, notamment par un courriel du 26 janvier 2024, resté sans réponse. Toutefois et malgré la demande de régularisation qui lui a été adressée, Mme C n'a pas produit de pièces permettant d'établir qu'elle ait sollicité le versement de l'APL, se bornant à produire copie des courriels adressés à la CAF dans son espace allocataire, ainsi qu'une page intitulé " récapitulatif de votre démarche en ligne " qui ne se rattache à la demande d'aucune allocation. Dès lors, Mme C n'établissant aucunement avoir sollicité l'APL, ses conclusions d'annulation formées contre le refus qui lui aurait été implicitement opposé sont entachées d'une irrégularité manifeste, en l'absence de décision lui faisant grief, et doivent rejetées en application du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions relatives au refus de verser le RSA :
9. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. (.) ".
10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne au bénéfice d'une allocation, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
11. Il ressort des termes de la décision du 14 novembre 2023, par laquelle Mme C a été informée de ce que le RSA ne lui serait plus versé, que ce refus est fondé sur la circonstance que Mme C a omis de fournir à la CAF les informations nécessaires à l'examen de ses droits au RSA. Mme C, qui se borne à soutenir qu'elle a droit au RSA et aux aides exceptionnelles associées, ne conteste aucunement ce motif. Par suite, les moyens dont elle assortit ses conclusions d'annulation sont inopérants ou ne sont assortis que des faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de Mme C ne peuvent qu'être rejetées sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal ordonne :
Article 1er: Les conclusions de Mme C relatives à l'annulation de la décision du 19 février 2024 sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le dossier de la procédure opposant Mme C à la CAF des Hauts-de-Seine est transmis au pôle social du tribunal judiciaire de Nanterre.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C née B, au département des Hauts-de-Seine et au président du tribunal judiciaire de Nanterre.
Copie en sera délivrée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 24 octobre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. Monteagle
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618520
01/09/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2502745
01/09/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604577
01/09/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2620197
01/09/2026