Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404113
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404113 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mars 2024, M. B A, représenté par Me de Guéroult d'Aublay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa demande ;
- il méconnait les dispositions des articles L. 422-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur de fait au regard de sa situation familiale ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Louvel, rapporteur ;
- les observations de Me Lenouvel-Alvarez, substituant Me de Guéroult d'Aublay, représentant M. A.
Une note en délibéré, enregistrée le 3 décembre 2024, a été présentée pour M. A et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 24 septembre 2001, est entré sur le territoire français le 13 août 2019, muni d'un visa portant la mention " mineur scolarisé ". Le 25 septembre 2019, il a obtenu un titre de séjour portant la mention " étudiant ", renouvelé une fois, puis il a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention, valable du 10 février 2021 au 9 février 2023. Après avoir obtenu une licence en génie civil à l'Université de Lille, le 10 octobre 2022, il a intégré l'école d'ingénieurs CESI en octobre 2023, où il poursuit une formation via un contrat d'apprentissage au sein de la société Saretec France. Par un arrêté du 19 février 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études () l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 433-4 du même code : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2o de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : / 1° Il justifie de son assiduité, sous réserve de circonstances exceptionnelles, et du sérieux de sa participation aux formations prescrites par l'État dans le cadre du contrat d'intégration républicaine conclu en application de l'article L. 413-2 ; / 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. / La carte de séjour pluriannuelle porte la même mention que la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. / L'étranger bénéficie, à sa demande, du renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle s'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il été précédemment titulaire. ".
3. Pour rejeter la demande de M. A tendant au renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ", le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'avait pas poursuivi d'études au cours de l'année universitaire 2022-2023 et qu'il " [avait] donc perdu le bénéfice de son titre de séjour ". Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, le 19 février 2024, M. A était inscrit dans un établissement d'études supérieures depuis le mois de septembre 2023. Cette circonstance a été portée à la connaissance du préfet du Val-d'Oise en temps utile ainsi qu'en atteste la fiche de renseignement du 26 octobre 2023 produite en défense, dans laquelle le requérant mentionne son inscription au sein de l'école CESI au titre des années universitaires 2023-2026 pour suivre une formation d'ingénieur bâtiment des travaux publics. Par conséquent, en rejetant la demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " présentée par M. A au motif qu'il n'avait pas poursuivi d'études au cours de l'année scolaire 2022-2023 et avait perdu le bénéfice de son titre de séjour, sans tenir compte de cette inscription en école d'ingénieur ni apprécier si M. A continuait de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire, le préfet du Val-d'Oise n'a pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation du requérant.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour. Par voie de conséquence, les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination doivent également être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions précitées du code de justice administrative, que le préfet du Val-d'Oise, ou le préfet territorialement compétent, procède au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il y a également lieu, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelées ci-dessus, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de munir M. A d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai qu'il convient de fixer à quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 février 2024 du préfet du Val-d'Oise est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de M. A, et de délivrer à l'intéressé, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
M. Louvel, premier conseiller,
Mme Colin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
T. Louvel
Le président,
signé
S. Ouillon
La greffière,
signé
M.-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404113