Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404740

vendredi 10 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404740
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. d'Argenson, vice-président, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant bangladais, né le 1er janvier 1992, serait entré en France le 3 octobre 2022, selon ses déclarations. Il a sollicité une demande d'asile le 19 octobre 2022 qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 31 janvier 2023, notifiée le 17 février 2023 et confirmée par une décision du 11 mai 2023 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), notifiée le 31 mai 2023. M. D a formulé une première demande de réexamen le 26 octobre 2023 rejetée par l'OFPRA, par décision du 3 novembre 2023, comme étant irrecevable, notifiée le 8 novembre 2023 et confirmée le 14 février 2024, décision notifiée le 6 mars 2024. Par un arrêté du 22 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. A E, chef de bureau de l'asile et signataire à la préfecture des Hauts-de-Seine, délégation par un arrêté n° 2023-072 du 31 octobre 2023régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure " les obligations de quitter le territoire, relatives aux demandeurs déboutés du droit d'asile et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, de ce fait, suffisamment motivée.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D, célibataire sans enfant, est entré en France le 3 octobre 2022. Il ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, eu égard aux conditions et à la durée de séjour en France de l'intéressé, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

7. M. D ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 31 janvier 2023, notifiée le 17 février 2023, et par la CNDA le 11 mai 2023, décision notifiée le 31 mai 2023. En outre, le requérant n'apporte aucun élément précis et circonstancié permettant d'établir qu'il serait personnellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

10. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant dès lors que le requérant n'a pas fait l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire français.

11. Aux termes de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

12. M. D, entré en France le 3 octobre 2022, est célibataire et sans enfant à charge en France. En outre, il se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis le rejet de sa demande d'asile. Par suite le requérant n'établit pas le caractère disproportionné de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Dès lors, le moyen doit être écarté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

13. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, () dénuée de fondement (). ".

14. La requête de M. D étant manifestement dépourvue de fondement, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Kwemo et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P.-H. d'Argenson

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404740