Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404852

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404852
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par Mme B A pour contester un indu d’aide personnalisée au logement (APL) et d’allocation aux adultes handicapés (AAH) réclamé par la CAF du Val-d'Oise. Concernant l’indu d’AAH, le juge a rappelé que les litiges relatifs au taux d’incapacité déterminant le droit à cette allocation relèvent de la compétence exclusive de la juridiction du contentieux technique de la sécurité sociale, et non de la juridiction administrative. En application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, les conclusions relatives à l’indu d’AAH ont donc été rejetées comme portées devant une juridiction incompétente. La solution retenue est fondée sur les articles L. 821-5 et L. 241-6 du code de l’action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 avril 2024, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite, prise sur recours préalable obligatoire du 8 janvier 2024, en tant que la caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise a mis à sa charge un indu d'aide personnalisée au logement (APL) pour la somme de 2 680,41 euros et d'allocation aux adultes handicapées (AAH) pour la somme de 257,47 euros ;

2°) d'annuler la décision du 7 février 2024 par laquelle la CAF du Val-d'Oise lui a accordé une remise partielle de se dette d'APL en la ramenant à la somme de 1 383,07 euros, en tant qu'elle refuse de lui accorder une remise totale.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal administratif a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; ()/ 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ". Aux termes de l'article R. 772-6 du même code : " Une requête de première instance ne peut être rejetée pour défaut ou pour insuffisance de motivation, notamment en application du 7° de l'article R. 222-1, qu'après que le requérant a été informé du rôle du juge administratif et de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles. / S'il y a lieu, le requérant est ainsi invité à régulariser sa requête dans le délai qui lui est imparti et dont le terme peut être fixé au-delà de l'expiration du délai de recours. Il est informé qu'à défaut de régularisation les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ".

Sur les conclusions relatives aux indus :

En ce qui concerne l'indu d'AAH :

2. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 821-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant sur le territoire métropolitain () et dont l'incapacité permanente est au moins égale à un pourcentage fixé par décret perçoit, dans les conditions prévues au présent titre, une allocation aux adultes handicapés ". Aux termes de l'article L. 821-5 de ce même code, inséré dans le titre du code intitulé " Allocation aux adultes handicapés " : " Les différends auxquels peut donner lieu l'application du présent titre et qui ne relèvent pas d'un autre contentieux sont réglés suivant les dispositions régissant le contentieux de la sécurité sociale ". Aux termes du I de l'article L. 241-6 de ce code : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : () 3° Apprécier : a) Si l'état ou le taux d'incapacité de la personnes handicapée justifie l'attribution () pour l'adulte, de l'allocation prévue aux articles L. 821-1 et L. 821-2 du code de la sécurité sociale et du complément de ressources prévu à l'article L. 821-1-1 du même code () 4° Reconnaître, s'il y a lieu, la qualité de travailleur handicapé aux personnes répondant aux conditions définies par l'article L. 323-10 du code du travail ; () ". Aux termes de l'article L. 241-9 du même code : " Les décisions relevant () des 2°, 3° et 5° du I de l'article L. 241-6 peuvent faire l'objet de recours devant la juridiction du contentieux technique de la sécurité sociale () Les décisions relevant des 1° et 2° du I du même article, prises à l'égard d'un adulte handicapé dans le domaine de la rééducation professionnelle, du travail adapté ou protégé, et du 4° du I dudit article peuvent faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative ".

3. Il résulte de ces dispositions que les litiges relatifs au taux d'incapacité retenu par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées en application du 3° du I de l'article L. 241-6, lequel détermine le droit à l'attribution de l'AAH, relèvent de la compétence de la juridiction du contentieux technique de la sécurité sociale. Ils ne ressortissent donc pas de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, les conclusions d'annulation de Mme A relatives à un indu d'AAH doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente, par application des dispositions précitées du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'indu d'APL :

4. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent : 1° l'aide personnalisée au logement () ". Aux termes de l'article L. 823-1de ce code: " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; ( ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer () "

5. Il ressort des termes de la décision du 18 novembre 2023 que l'indu d'APL mis à la charge de Mme A et portant sur des prestations versées entre le 1er janvier 2023 et le 30 novembre 2023 fait suite au croisement de ses déclarations trimestrielles de ressources sur l'année 2022 avec ses déclarations effectuées auprès des services fiscaux au titre l'impôt sur le revenu, ayant révélé que la requérante n'avait pas correctement déclaré ses frais réels ce qui avait conduit à une sous-estimation de ses ressources.

6. Pour contester le bien-fondé de cet indu, Mme A, qui a été mise à même de motiver sa requête en application des dispositions de l'article R. 772-6 du code de justice administrative, se borne à faire valoir qu'il s'agit d'une " erreur " de la part de la CAF soutenant avoir " fait les déclarations demandées ". Son moyen est donc manifestement dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause et à supposer que Mme A soit regardée comme soutenant que la CAF est à l'origine de l'erreur de versement, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé de l'indu.

7. Par ailleurs, la requérante se prévaut d'une situation de surendettement, sans au demeurant préciser à quel titre celle-ci serait de nature à remettre en cause le bien-fondé de l'indu. En tout état de cause, cette situation de surendettement, qui peut être prise au compte dans le cadre d'une remise de dette, est sans incidence sur le bien-fondé de l'indu. En outre, la décision de recevabilité du dossier de surendettement de Mme A a été prise le 22 août 2023, qui fait obstacle au remboursement des dettes, y compris celles émanant de la CAF, antérieures à cette date, mais nullement des dettes, comme en l'espèce, mises à sa charge postérieurement à celle-ci.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions par lesquelles Mme A demande l'annulation de l'indu d'APL ne sont assorties que de moyens inopérants et de moyens qui ne sont manifestement pas assortis des précisions suffisantes. Dès lors, elles ne peuvent qu'être rejetée en application des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin de remise de dette :

9. Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; ( ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer () "

10. Pour contester la décision attaquée et justifier qu'elle ait droit à une remise gracieuse totale de sa dette d'APL, Mme A soutient que l'erreur de versement est du fait de la CAF. Toutefois, et à supposer même établie la bonne foi de l'intéressée sur ce point, Mme A ne soutient pas qu'elle est dans l'incapacité de rembourser la somme restant à sa charge, la CAF faisant valoir qu'à la date du dépôt de la requête, cette dette ne s'élevait plus qu'à 982, 63 euros. A supposer même qu'en se prévalant d'une procédure de surendettement, Mme A soit regardée comme soutenant que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser cette somme, les pièces produites à l'appui de son dossier de surendettement font état d'un revenu mensuel, prestations sociales comprises, de 2 195 euros, de charges fixes d'un montant de 1 412 euros et d'une absence de personne à charge, ce qui n'est manifestement pas de nature à traduire une situation de précarité, la commission de surendettement n'ayant au demeurant pas procédé à l'effacement des dettes de Mme A mais seulement à leur réaménagement.

11. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu du montant limité de dettes en litige, les conclusions à fin de remise de dette de Mme A ne sont assorties que d'un moyen manifestement dépourvu des précisions suffisantes ou, en tout état de cause, qui n'est assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien. Elles doivent dès lors être rejetées sur le fondement des dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne:

Article 1er: Les conclusions d'annulation de Mme A relatives à un indu d'AAH doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 31 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. Monteagle

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision