Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405429

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 21 mars 2024 refusant son admission exceptionnelle au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d’incompétence du signataire et de défaut d’examen sérieux de sa situation. Il a jugé que, bien que l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régisse de manière complète le séjour des ressortissants algériens, le préfet dispose d’un pouvoir discrétionnaire pour délivrer un certificat de résidence. En l’espèce, M. A n’a pas démontré une résidence stable et continue en France depuis 2015 ni une insertion professionnelle suffisante, les pièces produites étant peu nombreuses et peu probantes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 avril 2024, M. B A, représenté par Me Lujien, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour cette dernière de renoncer à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise informe le Tribunal qu'il confirme sa décision et transmet les pièces du dossier de M. A.

Par une décision du 15 juillet 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergantz, rapporteuse ;

- les observations de Me Lujien ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, a demandé au préfet du Val-d'Oise, le 3 octobre 2022, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 21 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande, a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution d'office de cette mesure. M. A demande au Tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, laquelle bénéficiait d'une délégation de signature à l'effet de signer les décisions portant refus de titre de séjour, les obligations de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination en vertu d'un arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État n° 154 de la préfecture du Val-d'Oise, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration. Il n'est pas soutenu que ce dernier n'était ni absent ni empêché à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de prendre les décisions contestées, procédé à un examen sérieux et complet de la situation de M. A au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance.

4. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Dès lors, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Ainsi, il lui appartient, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. M. A soutient qu'il réside en France depuis 2015 et qu'il y est inséré professionnellement. Toutefois, il ne produit des pièces qu'à compter du mois de juillet 2016, lesquelles sont au demeurant peu nombreuses et peu probantes quant aux conditions de son séjour en France. En outre, s'il fait valoir qu'il est employé depuis le 24 septembre 2022 au sein de la société Phone Service, il ne verse à l'instance aucun document de nature à l'établir. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 21 mars 2024. Par voie de conséquence, les autres conclusions de la requête doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteuse,

signé

A. BERGANTZ

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

L. GAIGNON

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.