Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405875

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405875
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à verser 2 700 euros à Mme B pour les troubles dans ses conditions d'existence, faute de lui avoir proposé un hébergement après sa reconnaissance comme prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 9 juin 2023. La carence fautive de l'État a été établie à compter du 21 juillet 2023, date d'expiration du délai de six semaines pour exécuter la décision, en application des articles L. 300-1, L. 441-2-3 et R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation. Le tribunal a rejeté l'argument du préfet selon lequel Mme B n'avait pas déposé de dossier auprès du SIAO, jugeant que cette circonstance n'exonérait pas l'État de sa responsabilité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 20 avril 2024, 7 mai 2024 et 9 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Tomas, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 2 700 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence d'hébergement, à actualiser, assortie des intérêts de droit ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Tomas renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme B soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée, dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition d'hébergement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département du Val-d'Oise ;

- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence, dès lors qu'elle est toujours dépourvue d'hébergement stable et que la situation, au vu de laquelle la commission de médiation l'a reconnue prioritaire, persiste.

Par des deux mémoires en défense enregistrés les 17 juillet 2024 et 12 novembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête. Il fait notamment valoir que la requérante n'a pas déposé de dossier auprès du service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO).

Vu :

-la décision du 4 décembre 2023, par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme B l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision, par laquelle le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision, par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a, par une décision du 9 juin 2023, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. N'ayant pas reçu de proposition de logement, la requérante a saisi le préfet du Val-d'Oise d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 7 novembre 2023, réceptionné le 10 novembre suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 2 700 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une commission de médiation, en application des dispositions du III ou du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. La période de responsabilité de l'État court à compter de l'expiration du délai de six semaines que l'article R. 441-18 du même code impartit au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, pour proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce délai étant porté à trois mois si la décision de la commission spécifie que l'accueil ne peut être proposé que dans un logement de transition ou dans un logement-foyer. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions d'hébergement ou de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État.

4. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a reconnu, le 9 juin 2023, le caractère urgent et prioritaire de la demande d'hébergement de Mme B, l'intéressée devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Toutefois, le préfet du Val-d'Oise n'a fait aucune offre d'hébergement à Mme B avant le 21 juillet 2023. L'intéressée est toujours sans solution d'hébergement stable. La persistance de cette situation à compter du 21 juillet 2023 a ainsi causé à Mme B des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence.

5. Le préfet du Val-d'Oise soutient que Mme B n'a fait, depuis la décision de la commission de médiation, aucune démarche auprès du service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) en vue d'y déposer une demande d'hébergement, et que cette carence est de nature à le délier de son obligation d'exécuter la décision de la commission de médiation. Le comportement du bénéficiaire d'une telle décision, s'il est de nature à faire obstacle à ce que celui-ci se prévale d'un préjudice né de ses propres négligences ou omissions, n'est toutefois pas de nature à retirer à celle-ci son caractère contraignant pour le préfet, chargé d'en assurer l'exécution. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'est pas fondé à soutenir que le comportement de Mme B l'exonère de son obligation d'assurer l'exécution de la décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise en date du 9 juin 2023.

6. Il résulte toutefois de l'instruction, et il n'est notamment pas contesté par Mme B, que celle-ci n'a pas effectué de démarches auprès du service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO), alors que la décision de la commission de médiation indiquait explicitement que le dépôt d'un dossier auprès de ce service était nécessaire. L'omission de la requérante à effectuer ce dépôt a ainsi fait obstruction à l'exécution par le préfet du Val-d'Oise de son obligation. Eu égard au caractère essentiel d'un tel dossier pour le traitement du besoin d'hébergement à satisfaire, les préjudices qu'elle invoque doivent ainsi être regardés comme imputables à son propre comportement, et non à l'inaction du préfet.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Dès lors que l'État n'est pas la partie perdante dans la présente instance, il y a lieu de rejeter la demande de Mme B présentée sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée ainsi que celle présentée, à titre subsidiaire, sur le seul sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. BaudeLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2405875