Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406191

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours de Mme A, ressortissante chinoise, contre un arrêté préfectoral du 4 avril 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante contestait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de procédure contradictoire, et l'erreur manifeste d'appréciation sur le caractère réel et sérieux de ses études. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la formation de français langue étrangère suivie n'était pas diplômante, présentait un volume horaire insuffisant et ne s'inscrivait pas dans un cursus cohérent, justifiant ainsi le refus de renouvellement sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 avril et 6 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Tournan, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite en cas d'exécution d'office de cette mesure, et pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été entendue préalablement à son édiction en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et de la directive 2004/38/CE ;

la décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- n'est pas motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergantz, rapporteuse ;

- et les observations de Me Tournan.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante chinoise, a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 16 septembre 2022 au 15 décembre 2023, dont elle a demandé le renouvellement au préfet des Hauts-de-Seine le 20 novembre 2023. Par un arrêté du 4 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande, obligé Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite en cas d'exécution d'office de cette mesure et pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Mme A demande au Tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études effectivement poursuivies, en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

3. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de Mme A en qualité d'étudiante au motif que le caractère réel et sérieux des études n'était pas établi, le préfet des Hauts-de-Seine a relevé que la formation de français langue étrangère dispensée à l'Institut Supérieur Doctorate of Business Administration à laquelle l'intéressée s'est inscrite pour la période du 19 février 2024 au 1er septembre 2024 n'était pas diplômante, qu'elle comprenait un volume horaire trop faible et qu'elle ne s'inscrivait pas dans un cursus cohérent d'études.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a suivi, du 3 octobre 2022 au 22 décembre 2023, une formation de " Modéliste international du vêtement, option femme " à l'Académie internationale de coupe de Paris, dont elle a été diplômée d'une certification professionnelle de modéliste de niveau 5 le 6 octobre 2023. Dans le cadre de cette formation, elle a effectué un stage de trois mois au sein de l'entreprise " Gérard Darel ", puis a été embauchée dans le cadre d'un contrat à durée déterminée par l'entreprise " Alexander McQueen " en qualité de retoucheuse junior du 6 septembre 2023 au 5 mars 2024. Elle explique qu'à l'occasion de ces deux expériences professionnelles, elle a constaté la nécessité d'améliorer son niveau en langue française pour poursuivre ses études dans ce secteur d'activité et qu'elle a donc pris la décision de s'inscrire dans une formation de français langue étrangère pour préparer le diplôme d'études en langue française de niveau C1. À cet égard, elle justifie que l'accès à la formation de " Modéliste créateur en bureau d'études " dispensée par l'Académie internationale de coupe de Paris, à laquelle la requérante s'est inscrite - certes postérieurement à la décision en litige - à compter du mois de septembre 2024, est conditionné à la détention du diplôme d'études en langue française niveau B2. Par suite, Mme A établit que sa formation de français langue étrangère dispensée sur une durée de six mois à raison de vingt heures de cours par semaine, qu'elle a suivi avec sérieux et assiduité, s'insère dans le cadre d'une démarche précise et cohérente avec son parcours d'études dans le secteur des vêtements de luxe. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en rejetant sa demande de renouvellement de son titre de séjour.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 4 avril 2024 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

7. Le présent jugement implique, eu égard au motif d'annulation retenu, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 (mille) euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 4 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteuse,

signé

A. BERGANTZ

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

L. GAIGNON

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.