Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406405

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté les requêtes de Mme C épouse B et M. B, ressortissants algériens, qui contestaient les arrêtés du préfet du Val-d'Oise du 29 mars 2024 refusant leur admission au séjour et les obligeant à quitter le territoire. Les requérants invoquaient une méconnaissance des stipulations de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a jugé que, malgré leur présence en France depuis six ans et la scolarisation de leur enfant adopté par kafala, ils ne justifiaient pas de liens suffisamment intenses et personnels en France, ni être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine. En conséquence, les moyens soulevés ont été écartés et les arrêtés préfectoraux confirmés.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée le 3 mai 2024 sous le numéro 2406405, Mme C épouse B, représentée par Me Tihal, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à ces égards, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice, par le préfet, de son pouvoir de régularisation sans texte, tel qu'éclairé par la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012, applicable aux ressortissants algériens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C épouse B ne sont pas fondés.

II- Par une requête, enregistrée le 3 mai 2024 sous le numéro 2406407, M. B, représenté par Me Tihal, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soulève les mêmes moyens que ceux soulevés à l'appui de la requête n° 2406405 susvisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse B et M. B, ressortissants algériens nés respectivement le 1er août 1973 et le 21 juillet 1971, déclarent être entrés sur le territoire français en 2018. Le 23 novembre 2023, ils ont sollicité leur admission au séjour sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par les présentes requêtes, Mme C épouse B et M. B demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 29 mars 2024 par lesquels le préfet du Val-d'Oise a rejeté leurs demandes et les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes de Mme C épouse B et M. B présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur les moyens communs à l'ensemble de l'arrêté :

3. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Mme C épouse B et M. B indiquent qu'ils résident en France depuis plus de six ans à la date des arrêtés attaqués, que leur enfant, né le 5 février 2015 et adopté par kafala, est scolarisé et que M. B dispose d'une promesse d'embauche pour un emploi à temps partiel de technicien dans le cadre d'un contrat à durée déterminée d'un an à compter du 1er décembre 2023. Toutefois, Mme C épouse B et M. B ne justifient pas avoir noué de liens autres que familiaux sur le territoire français ni être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine. Par ailleurs, Mme C épouse B et M. B ne contestent pas avoir fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français le 24 février 2022, confirmées par le tribunal, qu'ils n'ont pas exécutées. Dans ces conditions, faute pour les requérants d'avoir établi sur le territoire français des liens personnels et familiaux stables et intenses, rien ne s'oppose à ce que leur cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine avec leur enfant de nationalité algérienne. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués ont été pris en méconnaissance des stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché les arrêtés attaqués d'une erreur manifeste d'appréciation dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, tel qu'éclairé par la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 au demeurant dépourvue de lignes directrices invocables devant le juge de l'excès de pouvoir, doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C épouse B et de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les requêtes de Mme C épouse B et de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, à M. D B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

N°s 2406405 - 2406407