Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406926

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme A, ressortissante sri-lankaise, qui contestait l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. La requête a été jugée irrecevable pour tardiveté, car introduite après l'expiration du délai de recours contentieux de trente jours suivant la notification de l'arrêté. Le tribunal a appliqué les articles L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mai 2024 et le 26 juillet 2024, Mme A, représentée par Me Pigot, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

Sur la recevabilité de la requête :

- elle est acquise dès lors que l'arrêté attaqué ne lui pas été régulièrement notifié ;

- elle ne peut pas être contestée par l'administration qui a méconnu le principe de loyauté en ne le lui communiquant pas, malgré de multiples relances.

Sur les moyens communs aux décisions portant refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que et est, à ces égards, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 juin 2024 et le 30 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête, les moyens soulevés n'étant pas fondés.

Par une ordonnance du 26 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 août 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lusinier, conseillère ;

- et les observations de Me Leterme, substituant Me Pigot, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sri-lankaise née le 6 mars 1993, est entrée sur le territoire français le 7 septembre 2022, munie d'un visa D portant la mention " étudiant ", valable du 31 août 2022 au 31 août 2023. Le 18 octobre 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant ". Selon l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : / 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles L. 241-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français () ". L'article R. 776-2 du même code dispose que : " I.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortissant une décision de refus de séjour dispose d'un délai de trente jours suivant la notification de cette décision pour former une requête en annulation devant le tribunal administratif.

4. Il ressort des pièces du dossier que le pli recommandé contenant l'arrêté attaqué, qui mentionnait les voies et délais de recours, a été expédié à l'adresse de Mme A, 2 avenue Sainte-Anne à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et mentionne que l'intéressée en a été avisée le 6 février 2024. L'enveloppe contenant le pli en cause a été revêtue d'une étiquette sur laquelle a été cochée la mention " pli avisé non réclamé ", correspondant au motif de non-distribution du pli à Mme A. La notification de l'arrêté attaqué est donc réputée être intervenue le 6 février 2024. Or, la requête de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise que le 15 mai 2024, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de trente jours ayant couru à compter du 6 février 2024. Par suite, comme le soutient le préfet des Hauts-de-Seine en défense, sa requête est irrecevable et doit être rejetée.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

V. LUSINIER

La présidente,

Signé

C. ORIOLLa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière