Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406978
lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406978 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mai 2024, M. A B, représenté par Me Thisse, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 6 900 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, à actualiser, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Thisse sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
M. B soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée, dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département des Hauts-de-Seine ;
- il subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence, dès lors qu'il est toujours dépourvu de tout logement social, que le logement qu'il occupe avec les quatre autres membres de sa famille est sur-occupé et insalubre et, par suite, inadapté au regard de ses besoins.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que le requérant ne justifie pas du renouvellement de sa demande de logement social et du niveau de ses ressources.
Vu :
- la décision du 8 avril 2024, par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B l'aide juridictionnelle totale ;
- le jugement du 27 mars 2019, par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. B sous astreinte ;
- le jugement du 8 juin 2022, par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à verser à M. B la somme de 4 500 euros ;
- la décision, par laquelle le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision, par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Une note en délibéré produite pour M. B a été enregistrée le 14 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 21 février 2018, désigné M. B comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par un jugement du 27 mars 2019, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son logement sous astreinte de 200 euros par mois de retard à compter du 1er juin 2019. Par un jugement du 8 juin 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à verser la somme de 4 500 euros à M. B en réparation des préjudices subis du fait de l'inexécution de la décision de la commission de médiation. N'ayant toujours pas reçu de proposition de logement, le requérant a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 1er décembre 2023 réceptionné le 4 décembre suivant. Cette demande ayant été implicitement rejetée, M. B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 6 900 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
En ce qui concerne la faute :
4. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 21 février 2018, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. B, au motif qu'il était dans un logement non-décent et sur-occupé avec un enfant mineur à charge et qu'il n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet des Hauts-de-Seine ne lui a fait aucune offre de logement dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 21 août 2018. D'autre part, le jugement du 27 mars 2019, par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son logement avant le 1er juin 2019 sous astreinte de 200 euros par mois de retard, n'a reçu aucune exécution.
5. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives, dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de M. B, sont établies.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
6. Il résulte de l'instruction que M. B occupe depuis décembre 2011 avec son époux et leurs trois enfants nés en 2005, 2015 et 2021, un logement d'une superficie de 27 m², lequel est donc sur-occupé. Par ailleurs, il ressort d'un rapport établi le 15 février 2017, par le service d'hygiène, sécurité et prévention de la commune de Clichy, que ce logement présente un caractère fortement humide. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas soutenu par le préfet des Hauts-de-Seine, que les travaux de remédiation de cette humidité recommandée par le service communal ont été réalisés, alors que le requérant produit un compte-rendu de visite établi par l'association droit au logement qui constate la persistance des désordres à la date du 21 novembre 2021. Le requérant est toujours dépourvu de logement social et la situation de non-décence et de sur-occupation constatée par la commission de médiation pour déclarer M. B prioritaire persiste. M. B est, dès lors, fondé à soutenir que la carence fautive de l'État, à assurer son logement à compter du 21 août 2018, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés.
7. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 1, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a déjà condamné l'État à verser à M. B la somme de 4 500 euros en réparation des préjudices subis, par un jugement du 8 juin 2022. La période d'indemnisation commence ainsi à la date de lecture du précédent jugement.
8. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement du requérant qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi depuis le 8 juin 2022 en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 4 200 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Thisse, conseil de M. B, de la somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à M. B la somme de 4 200 (quatre mille deux cents) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Thisse, conseil de M. B, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Thisse et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
M. BaudeLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°2406978
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