Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407011

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B, ressortissante algérienne, contestant le refus de certificat de résidence, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par le préfet du Val-d'Oise. La décision de refus a été jugée suffisamment motivée et fondée sur un examen particulier de sa situation, sans méconnaître l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ni l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Le tribunal a également écarté le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, faute d'illégalité du refus de titre.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mai et 21 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence temporaire salarié ou vie privée et familiale ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la date du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence :

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beauvironnet,

- et les observations de Me Cabral de Brito, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 30 octobre 1984 à Sidi Bel Abbes, est entrée en France le 19 août 2019 munie d'un visa Schengen type C valable du 4 août 2019 au 3 août 2020. Le 30 janvier 2024, elle a sollicité la régularisation de sa situation. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de l'arrêté en date du 10 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, prise au visa des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié dont elle fait application, ainsi que des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de Mme B, mentionne les faits qui en constituent le fondement. Elle indique ainsi les motifs pour lesquels la requérante ne remplit pas les conditions d'une admission au séjour, ni sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni sur celui des articles 7b et 6-5 de l'accord précité. Cette décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ressort de cette motivation que le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Le moyen, qui n'est pas fondé, pourra donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

5. Mme B fait état, d'une part, de sa résidence habituelle et continue en France depuis le 19 août 2019, d'autre part, de la présence de ses deux frères de nationalité française, de sa sœur en situation régulière, ainsi que de son ex-mari titulaire d'un certificat de résidence en cours de validité sur le territoire français et, enfin, de son insertion au sein de la société française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante est séparée de son mari et sans charge de famille, que sa présence en France est récente et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa mère et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. En outre, par la production d'attestations établissant son engagement en tant qu'enseignante bénévole auprès de deux associations de novembre 2019 à janvier 2020, puis de janvier 2022 à mai 2022, l'intéressée n'établit pas que ses liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Par suite, la décision attaquée n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

6. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. En l'espèce, Mme B se prévaut de son insertion sociale et professionnelle dans la société française et de la présence de sa fratrie en situation régulière sur le territoire national. Toutefois, par la production de huit bulletins de salaires pour un emploi de garde d'enfant à domicile avec une quotité horaire inférieure à un mi-temps entre janvier 2020 et janvier 2021, ainsi que d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en qualité de gestionnaire administrative auprès de la société BM-Système datée du 7 juin 2023, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, Mme B ne fait état d'aucun motif exceptionnel de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour et, par suite, à démontrer que le préfet aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de son pouvoir général d'appréciation détenu sans texte.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. La décision portant refus de délivrance du certificat de résidence n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision obligation de quitter le territoire français du fait de cette illégalité doit être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

E. Beauvironnet

La présidente,

S. Edert

La greffière,

K. Nabunda

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407011