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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2407052

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407052

mardi 27 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B, ressortissante malienne, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil lors de sa demande de réexamen d'asile. Le tribunal a jugé que la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable était régulière, notamment car l'évaluation de sa vulnérabilité avait été réalisée conformément aux articles L. 522-1 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens soulevés, dont le défaut de motivation et le vice de procédure, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, Mme C B, représentée par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 mars 2024 par laquelle la directrice territoriale du Val-d'Oise de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de la rétablir dans ses droits à l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 24 mars 2024, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions des articles L. 522-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'entretien d'évaluation de sa vulnérabilité mené par un agent de l'OFII formé à cet effet ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante malienne né le 22 août 1988, a le 20 janvier 2022, présenté une demande d'asile auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine et le même jour, a accepté et signé l'offre de prise en charge et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 4 février 2022, elle a été informée de l'intention de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'a pas rejoint le lieu d'hébergement vers lequel elle a été orientée. Par une décision du 7 mars 2022, l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides du 29 avril 2022, sa demande d'asile a été rejetée. Le 22 mars 2024, elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile accompagnée de sa fille née le 12 novembre 2023. Par une décision du 22 mars 2024 les conditions matérielles d'accueil lui ont été refusées au motif qu'elle présentait une demande de réexamen de sa demande d'asile. Elle a déposé un recours administratif pour contester cette décision. Par la présente requête, elle doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire qui s'est substituée à la décision du 22 mars 2024.

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de prononcer l'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

3. En premier lieu, la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire s'étant substituée à la décision initiale du 22 mars 2024, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté comme inopérant. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la requérante aurait demandé les motifs de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 20 janvier 2022 et le 22 mars 2024 avec sa fille mineure lors de sa demande de réexamen, réalisés par un auditeur asile de l'OFII en langue française, comme en atteste les fiches d'évaluation de vulnérabilité produites par le directeur général de l'OFII et signées par l'intéressée. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions précitées des articles L. 522-1 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Par ailleurs, il ressort de l'examen des fiches d'évaluation de vulnérabilité versées au dossier par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que la requérante n'a pas signalé de vulnérabilité particulière et n'a pas demandé de certificat médical vierge pour un avis " medzo ". Si elle fait état d'une grande situation de précarité et de craintes de persécution dans son pays, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas soutenu que ces problèmes seraient survenus postérieurement à son examen de vulnérabilité et auraient justifié un réexamen de celle-ci. Il s'ensuit que la requérante n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité ou aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ou une erreur de fait.

7. En troisième lieu, alors que l'ensemble des auditeurs asile de l'OFII reçoivent une formation correspondant à leurs missions, dont celles d'évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que les entretiens dont aurait bénéficié Mme B n'auraient pas été menés par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser l'octroi des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de Mme B, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse n'aurait pas été précédée d'un tel examen doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a fait état d'aucune vulnérabilité particulière lors de ses deux entretiens d'évaluation de sa vulnérabilité. Si elle fait valoir que sa fille née le 12 novembre 2023 est très jeune et a des besoins particuliers, elle ne verse au dossier aucune pièce permettant de l'établir, la condition d'enfant mineur en bas-âge ne suffisant pas à elle seule à caractériser une situation de particulière vulnérabilité justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant lesdites conditions, l'OFII aurait méconnu les stipulations précitées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de son recours préalable obligatoire dirigé contre la décision de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil du 22 mars 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2025.

La rapporteure,

signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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