Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407643

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407643
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant par ordonnance, a rejeté la requête de M. A contestant l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. La juridiction a d'abord jugé irrecevables pour tardiveté les conclusions dirigées contre les retraits de points consécutifs aux infractions de 2017, les décisions étant devenues définitives. Elle a également constaté que le retrait de points pour l'infraction de septembre 2017 avait été annulé par une restitution antérieure, rendant ces conclusions sans objet. Enfin, s'agissant des retraits de points restants (2019 et 2020), le tribunal a estimé que le moyen tiré du défaut d'information préalable, prévu par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, était manifestement infondé, car les mentions légales figuraient sur les procès-verbaux d'infraction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, M. A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 12 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retraits de points auxquelles elle se réfère à la suite des infractions commises les 17 janvier 2017 à 16 heures 44 (3 points) et 16 heures 45 (4 points), le 1er septembre 2017 (1 point), le 5 juin 2019 (4 points) et le 28 juillet 2020 (4 points), ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a implicitement rejeté son recours gracieux du 23 juillet 2024 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés de son permis de conduire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- les décisions portant retrait de points sont entachées d'un vice de procédure en raison du défaut d'information prévu par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité de ces infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour tardiveté, de même que les conclusions dirigées contre les infractions commises le 17 janvier 2017 à 16 heures 44 et 16 heures 45 ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision " 48 SI " du 12 juillet 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, prenant acte des retraits de points opérés sur le permis de conduire de M. A, a prononcé l'invalidation de ce permis pour solde de points nul. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation des différents retraits de points opérés sur son permis de conduire et de la décision " 48 SI " dont il a subséquemment fait l'objet, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a implicitement rejeté son recours gracieux du 23 juillet 2024.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ; / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.() ".

Sur la recevabilité des conclusions de la requête :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les décisions portant retrait de points du permis de conduire de M. A à la suite des infractions commises le 17 janvier 2017 à 16 heures 44 et 16 heures 45 ont été distribuées à son domicile, 21 rue Marcel Lecat à Saint-Gratien (Val-d'Oise) les 13 et 19 octobre 2017, comme l'attestent les accusés de réception postaux datés et signés versés à l'instance par le ministre de l'intérieur. M. A ne conteste pas que ces décisions, établies selon un modèle-type produit par le ministre de l'intérieur, comportaient nécessairement au verso la mention des voies et délais de recours. A la date d'introduction de la présente requête, le 24 mai 2024, les décisions portant retraits de points en cause, devenues opposables à M. A, doivent donc être regardées comme étant devenues définitives faute d'avoir été introduites dans le délai de deux mois qui a suivi les 13 et 19 octobre 2017. Par suite, les conclusions de M. A tendant à leur annulation sont irrecevables en raison de leur tardiveté. Si l'exercice d'un recours gracieux proroge en règle générale le délai de recours contentieux, celui exercé par M. A n'a été adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer que le 23 janvier 2024. Il n'a ainsi pas eu pour conséquence de proroger le délai des recours contentieux dirigés contre les retraits de points en litige, qui était alors expiré. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions de M. A dirigées contre les retraits de points procédant des infractions commises le 17 janvier 2017 sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé d'information intégral de M. A versé à l'instance, que le point retiré de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 1er septembre 2017, lui a été restitué le 23 juillet 2018, en amont de la présente requête. Les conclusions de M. A dirigées contre ce retrait de points doivent donc être rejetées sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

Quant à l'infraction du 5 juin 2019 :

6. Il ressort du relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur que l'infraction commise par M. A le 5 juin 2019, constatée par procès-verbal électronique, a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit, s'agissant de cette infraction, le bordereau de situation de la trésorerie selon lequel M. A s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire majorée en cause, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Le moyen tiré du défaut d'information s'agissant de l'infraction du 5 juin 2019 doit par suite être écarté comme manifestement infondé.

Quant à l'infraction du 28 juillet 2020 :

7. Il résulte du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale qu'en l'absence de paiement ou de requête en exonération, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Conformément aux dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, ce titre exécutoire est adressé au contrevenant sous forme d'avis d'amende forfaitaire majorée qui contient une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

8. Il ressort du relevé d'information intégral de M. A que l'infraction commise le 28 juillet 2020 a été relevée par radar automatique, avec envoi d'un avis de contravention au domicile du titulaire de la carte grise du véhicule flashé. Il ressort des pièces du dossier que le pli recommandé contenant l'avis d'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction a été expédié à l'adresse de M. A mentionnée au point 3 ci-dessus. L'enveloppe contenant le pli en cause a été revêtue d'une étiquette sur laquelle a été cochée la mention " pli avisé et non réclamé ", correspondant au motif de non-distribution du pli à M. A. Celui-ci est donc réputé avoir reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée en cause, dont le formulaire reprend l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'information doit être écarté comme manifestement infondé.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

9. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive (). Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. ".

10. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier que des titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée ont été émis pour les infractions commises par M. A les 5 juin 2019 et 28 juillet 2020. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé, la réalité de ces infractions est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu'être écarté comme n'était assorti que de faits insusceptibles de venir à son soutien.

11. Le surplus des conclusions de la requête de M. A ne comporte que des moyens manifestement infondés ou n'étant assortis que de faits insusceptibles de venir à leur soutien. Dès lors, à défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux, il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions à fin d'annulation de M. A, qui n'a pas annoncé de mémoire complémentaire, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Fait à Cergy, le 12 décembre 2024.

La présidente de la 3ème chambre,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.