Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407912
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407912 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024, Mme D C épouse A, représentée par Me Yllouz, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 5 avril 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points auxquelles elle se réfère, à la suite des infractions commises le 13 octobre 2012 (1 point), le 5 décembre 2012 (1 point), le 14 mai 2014 (1 point), le 23 mai 2014 (1 point), le 2 juin 2014 (1 point), le 14 juillet 2014 (1 point), le 17 août 2014 (1 point), le 10 septembre 2014 (1 point), le 3 septembre 2015 (1 point), le 13 novembre 2016 (1 point), le 25 janvier 2018 (1 point), le 23 juin 2018 (4 points), le 6 juin 2019 (1 point), le 19 juin 2019 (1 point), le 3 mai 2021 (1 point), le 8 mai 2021 (1 point), le 14 août 2021 (1 point), le 27 décembre 2022 (4 points) et le 14 mars 2024 (1 point) ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions portant retraits de points sur son permis de conduire ne lui ont pas été notifiées ;
- elle n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- les titres exécutoires qui lui ont été adressés à la suite de ses retraits de points ont été irrégulièrement émis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut :
- à l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions portant retraits de points à la suite des infractions commises les 13 octobre 2012, 5 décembre 2012, 2 juin 2014, 10 septembre 2014, 3 septembre 2015, 13 novembre 2016, 25 janvier 2018, 6 juin 2019 et 14 août 2021, les points en cause ayant été restitués en amont de l'introduction de la requête ;
- au rejet du surplus des conclusions de la requête, les moyens soulevés étant infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par décision " 48 SI " du 5 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, prenant acte des retraits de points opérés sur le permis de conduire de Mme D C épouse A, a prononcé l'invalidation de ce permis pour solde de points nul. Par la présente requête, Mme D C épouse A demande au tribunal l'annulation des différents retraits de points opérés sur son permis de conduire et de la décision " 48 SI " dont elle a subséquemment fait l'objet.
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 3' Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; / 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables () ; / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".
Sur la recevabilité des conclusions :
3. Il ressort du relevé d'information intégral de Mme D C épouse A, versé à l'instance par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, que les infractions commises les 13 octobre 2012, 5 décembre 2012, 2 juin 2014, 10 septembre 2014, 3 septembre 2015, 13 novembre 2016, 25 janvier 2018, 6 juin 2019 et 14 août 2021 ont donné lieu à des retraits de points restitués respectivement les 16 janvier 2023, 6 septembre 2013, 27 décembre 2014, 26 mai 2015, 25 mai 2016, 8 septembre 2017, 26 août 2018, 19 février 2020 et 8 mars 2022, en amont de l'introduction de la présente requête. Les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions portant retrait de points sont donc manifestement irrecevables. Par suite, il y a lieu de les rejeter sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions " 48 " :
4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Mme D C épouse A ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :
5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
Quant aux infractions commises les 14 mai 2014, 23 mai 2014, 23 juin 2018, 19 juin 2019, 3 mai 2021, 8 mai 2021, 14 mars 2024 et 27 décembre 2022 :
6. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.
7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions du relevé d'information intégral de Mme D C épouse A, que les infractions commises les 14 mai 2014, 23 mai 2014, 23 juin 2018, 19 juin 2019, 3 mai 2021, 8 mai 2021, 14 mars 2024 et 27 décembre 2022 ont été constatées par radar automatique ou procès-verbal électronique et que l'intéressée a payé les amendes forfaitaires émises à l'issue de ces infractions. L'indication de ce paiement de l'amende forfaitaire sur le relevé intégral de Mme D C épouse A, formalisé pour cette infraction par la mention " AF-amende forfaitaire ", suffit à établir que l'intéressée a nécessairement été mise en possession d'avis de contravention et de cartes de paiement, dont la détention est indispensable pour payer l'amende forfaitaire. Par suite, alors que Mme D C épouse A n'apporte aucun élément tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations pertinentes lui ont été délivrées. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut être qu'écarté comme étant manifestement infondé.
Quant à l'infraction commise le 14 juillet 2014 :
8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre que l'infraction commise par Mme D C épouse A le 14 juillet 2014 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, dont il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée l'aurait réglé après avoir reçu les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, il résulte du relevé d'information intégral en cause que Mme D C épouse A a bénéficié, à l'occasion de précédentes infractions de même nature commises les 14 et 23 mai 2014, exposées ci-dessus, de l'ensemble des informations légalement exigées. Dès lors, à supposer même qu'elle n'ait pas reçu les informations lors de la constatation de l'infraction du 14 juillet 2014, Mme D C épouse A n'a pas été privée d'une garantie. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision ayant retiré des points de son permis de conduire à la suite de l'infraction en cause est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit donc être écarté comme manifestement infondé.
Quant à l'infraction commise le 17 août 2014 :
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme D C épouse A a rempli le formulaire de réclamation concernant l'infraction commise le 17 août 2014 et désigné M. F A B comme en étant l'auteur. Cette démarche établit la réception de l'avis de l'amende forfaitaire majorée pour cette infraction. Il est constant qu'un tel avis comporte l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré du défaut d'information doit par suite être écarté comme manifestement infondé.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'irrégularité des titres exécutoires :
10. Si Mme D C épouse A soutient que les titres exécutoires qui lui ont été adressés ont été irrégulièrement émis, un tel moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
11. Le surplus des conclusions de la requête de Mme D C épouse A ne comporte que des moyens inopérants, manifestement infondés et non assortis de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, à défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux, il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de Mme D C épouse A, qui n'a pas annoncé de mémoire complémentaire, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent également qu'être rejetées.
Par ces motifs, le tribunal ordonne :
Article 1er : La requête de Mme D C épouse A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D C épouse A et au ministre de l'intérieur.
Fait à Cergy, le 24 octobre 2024.
La présidente de la 3ème chambre,
signé
C. Oriol
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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