Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408390

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408390
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine obligeait M. B, ressortissant marocain, à quitter le territoire français sans délai, fixait le pays de destination et prononçait une interdiction de retour d'un an. La décision est annulée pour défaut d'examen suffisant de la situation personnelle de M. B, le préfet ayant commis une erreur sur sa date d'entrée en France (indiquée au 2 juin 2024 au lieu du 20 août 2014) et n'ayant pas pris en compte sa scolarité et son mariage avec une Française depuis 2020. La solution retenue se fonde sur les articles L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 11 juin et le 10 juillet 2024, M. B, représenté par Me Besse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de réexaminer sa situation, dans le délai de cinq jours courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée, procède d'un défaut d'examen de sa situation et est entachée d'erreur de fait quant à sa date d'entrée sur le territoire ;

- il n'a pas été mis à même de présenter ses observations en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision contrevient au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision le privant d'un délai de départ volontaire :

- cette décision procède d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa

situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour pendant une durée d'un an :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- sa situation caractérise des circonstances susceptibles de faire obstacle à ce qu'une telle mesure soit prise à son encontre ;

- cette décision procède d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a produit aucune observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article

L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juillet 2024 :

- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;

- les observations de Me Mercenier substituant Me Besse, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 16 octobre 1997, entré en France le 20 août 2014 selon ses déclarations, a été interpelé pour des faits de défaut de permis de conduire. Par un arrêté du 10 juin 2024, dont l'intéressé sollicite l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. B soutient que la décision en litige résulte d'une insuffisance d'examen de sa situation révélée par l'erreur grossière y figurant quant à la date de son entrée sur le territoire, indiquée comme étant le 2 juin 2024, alors qu'il y est rentré le 20 août 2014, et pour ne pas prendre en compte sa scolarité en France et ses quatre années de mariage avec une ressortissante française. M. B verse à l'instance le passeport dont il était muni à la date de son entrée en France, lequel comporte un visa Schengen de type C valable du 15 août au 14 novembre 2014, ainsi qu'une attestation de premier accueil des élèves allophones nouvellement arrivés en France délivrée par l'académie de Versailles qui fixe une date d'arrivée sur le territoire le 10 août 2014 et indique que l'intéressé a été reçu au centre d'information et d'orientation de Nanterre le 10 septembre 2014. Par ailleurs, alors que la décision mentionne seulement que le requérant se déclare marié, ce dernier produit la copie de son acte de mariage, célébré le 11 juillet 2020 à la mairie de Nanterre, avec Mme E A, de nationalité française. Le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a produit aucune observation en défense, ne verse à l'instance aucune pièce permettant de vérifier la nature des éléments d'information donnés par l'intéressé sur sa situation personnelle pris en compte en vue de l'édiction de la décision attaquée, tel que le procès-verbal de son audition par les services de police à l'issue de son interpellation pour les faits de défaut de permis de conduire relevés par la décision. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français résulte d'un examen insuffisant de sa situation.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision faisant à M. B obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

5. La présente décision implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine, ou tout autre préfet territorialement compétent en fonction du lieu de résidence actuel de l'intéressé, réexamine la situation de M. B. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois courant à compter de la notification de la présente décision et de délivrer à M. B, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Il y a lieu également d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin à l'effacement du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les frais de procédure :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 10 juin 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet compétent de procéder au réexamen de la situation de M. B dans le délai d'un mois courant à compter de la notification de la présente décision, de délivrer à M. B, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. Charlery La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.