Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408474
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2408474 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 juin, 30 juillet et 15 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est manifestement disproportionnée au regard du but poursuivi ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 4 novembre 2024, et non communiquées, ont été produites pour M. B.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles du dossier en sa possession.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Louvel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant portugais né le 19 août 1989, serait entré en France en 2003. Il a été interpellé le 10 juin 2024 par les forces de police pour des faits de conduite en état d'ivresse. Par un arrêté du même jour, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Il ressort des nombreuses pièces du dossier que M. B, qui est un ressortissant de l'Union européenne, séjourne habituellement en France depuis 2006, soit dix-huit ans à la date de l'arrêté attaqué. Outre la présence d'attaches familiales fortes, il y justifie d'une communauté de vie avec Mme D*, compatriote qui est en situation régulière sur le territoire national où elle exerce une activité professionnelle. Il ressort également des pièces du dossier que de cette relation, deux enfants sont nés sur le territoire français en 2017 et en 2022, l'aîné étant scolarisé en école élémentaire à Colombes dans le département des Hauts-de-Seine, commune où l'ensemble de la famille réside. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a travaillé de manière continue entre 2006 et 2023 dans le secteur du bâtiment et qu'il est le gérant et associé unique de la société St rénovation, entreprise spécialisée dans le secteur d'activité des travaux de plâtrerie, qu'il a créée en 2017 et dont il justifie de l'activité réelle en produisant les documents comptables des années 2017 à 2022. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas formulé d'observation en défense, en obligeant le requérant à quitter le territoire français, a porté une atteinte disproportionnée au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise et a, ainsi, méconnu les stipulations précitées.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 juin 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français. L'annulation de cette décision entraîne, par voie de conséquence, l'annulation des décisions refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B, et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er: L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 10 juin 2024 obligeant M. B à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination, est annulé.
Article 2 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
M. Louvel, premier conseiller,
Mme Colin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024
Le rapporteur,
signé
T. Louvel
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2408474