Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409918

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409918
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Classement sans suite d’une demande de renouvellement de titre de séjour. Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B, ressortissante camerounaise, contestant la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 10 juillet 2024. Le tribunal a jugé que ce classement, motivé par le caractère incomplet du dossier, ne constitue pas une décision faisant grief et est donc insusceptible de recours pour excès de pouvoir. La solution retenue s’appuie sur l’article R. 431-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Reynolds, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande de changement de statut et obtenir un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet des Hauts-de-Seine, à qui la requête a été communiqué, n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture d'instruction a été fixée au 25 septembre 2024, par une ordonnance du 25 juillet 2024.

Un mémoire a été produit pour Mme A B le 18 novembre 2024, après la clôture de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.

Par un courrier du 12 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de Mme A B, dirigées contre une décision ne faisant pas grief.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Oriol, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante camerounaise née le 9 octobre 1991, déclare être entrée sur le territoire français le 13 juin 2016. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, valable du 17 août 2022 au 16 août 2024, dont elle a demandé le renouvellement le 18 mai 2024 puis, après la clôture de son dossier, le 8 juillet 2024. Par la présente requête, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 10 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé cette demande sans suite.

2. Aux termes de l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ".

3. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. En outre, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, sauf à ce que le requérant justifie du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

4. Mme A B soutient que le 18 mai 2024, elle a formé une demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français valable du 17 août 2022 au 16 août 2024, qu'elle n'a pas pu modifier cette demande pour solliciter un changement de statut, que cette demande a été clôturée le 28 juin 2024 et qu'elle a formé une nouvelle demande de renouvellement de son titre motif pris d'un changement de statut, le 8 juillet 2024. Toutefois, Mme A B ne produit aucune pièce justifiant que sa demande de renouvellement, formée le 8 juillet 2024, comportait également une demande de changement de statut. Au contraire, il ressort des pièces du dossier, notamment de la décision attaquée du 10 juillet 2024, que l'intéressée s'est bornée à former une demande en qualité de parent d'enfant français. Dans ces conditions, dès lors que Mme A B ne conteste pas le caractère incomplet de son dossier en tant que parent d'enfant français, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait légalement classer sa demande sans suite. Par suite, et dès lors que ce classement sans suite ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables. Elles doivent donc être rejetées.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

C. ORIOL

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. CORDARY

La greffière,

signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.