Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410113

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de M. A, ressortissant kazakh, contestant les décisions implicites de rejet de ses demandes de titre de séjour et de renouvellement d'autorisation provisoire de séjour. Le tribunal a jugé irrecevables les conclusions dirigées contre les décisions implicites de rejet des demandes de titre de séjour, faute de preuve du dépôt de ces demandes. Concernant le refus implicite de renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour, le tribunal a rejeté le moyen tiré du défaut de motivation, rappelant qu'une décision implicite n'est pas illégale pour ce seul motif. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, en application des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, M. A, représenté par Me Fouache, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine de produire son entier dossier ;

2°) d'annuler les décisions du 5 octobre 2023 et du 10 juillet 2024 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'annuler la décision du 10 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande de renouvellement d'autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en le munissant dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont à cet égard entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet des Hauts-de-Seine, à qui la requête a été communiqué, n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 25 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 septembre 2024 à 12 heures.

Les parties ont été informées le 4 octobre 2024, par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la prétendue décision implicite de rejet née le 10 juillet 2024, inexistante.

Les parties ont été informées le 21 novembre 2024, par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la prétendue décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour née le 5 octobre 2023, inexistante faute de justification d'une demande de titre de séjour faite le 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lusinier, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré a été produite pour M. A le 25 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kazakhe né le 28 février 1969, déclare être entré sur le territoire français le 25 janvier 2000. Il a été mis en possession, en dernier lieu, d'un titre de séjour valable jusqu'au 19 mai 2018. Le 13 février 2023, le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 7 décembre 2021 portant obligation de quitter le territoire français et a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation du requérant. M. A a été mis en possession, le 5 juin 2023, d'une autorisation provisoire de séjour régulièrement renouvelée jusqu'au 10 mars 2024. Ses demandes de renouvellement ultérieures sont restées sans réponse. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation des décisions implicites de refus nées les 5 octobre 2023 et 10 juillet 2024 du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet des Hauts-de-Seine sur ses demandes de titre de séjour, ainsi que l'annulation de la décision rejetant implicitement sa demande de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour expirée le 10 mars 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les prétendues décisions implicites de rejet des demandes de titre de séjour de M. A :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait déposé des demandes de titres de séjour les 5 juin 2023 et 10 mars 2024. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation des décisions implicites de rejet prétendument nées les 5 octobre 2023 et 10 juillet 2024 sont irrecevables. Elles doivent par suite être rejetées.

En ce qui concerne la décision implicite de refus de renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour de M. A née le 10 juillet 2024 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° () constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 232-4 du même code dispose que : " Une décision implicite intervenue dans le cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai de recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". En l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

4. S'il ressort des pièces du dossier qu'une demande de communication des motifs du refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour a été faite le 4 avril 2024, aucune décision implicite de rejet n'était née à cette date dès lors que la demande d'autorisation provisoire de séjour n'a été présentée que le 2 mars 2024. Par suite, M. A ne saurait utilement se prévaloir du défaut de motivation de la décision attaquée pour solliciter son annulation.

5. En deuxième lieu, si M. A se prévaut de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces moyens sont inopérants pour contester une autorisation provisoire de séjour. Par suite, ils doivent être rejetés.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a sollicité le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour en qualité de salarié, de sorte que les dispositions précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérantes et ne peuvent par suite être utilement invoquées. En tout état de cause, M. A, célibataire sans charge de famille, ne démontre aucune vie privée et familiale sur le territoire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

V. LUSINIER

La présidente,

signé

C. ORIOLLa greffière,

signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne et des Hauts-de-Seine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière