Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411827
vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411827 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 août et le 13 septembre 2024, M. A, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son certificat de résidence, ensemble, la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision est entachée d'un vice de procédure à défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision de refus de renouvellement de l'attestation de prolongation de d'instruction de sa demande de titre de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Beauvironnet, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 15 janvier 1994 à Chlef, demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " et de celle par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. A dès lors qu'il lui a délivré un certificat de résidence algérien valable du 3 septembre 2024 jusqu'au 2 septembre 2025. Toutefois, l'extrait " AGEDREF " produit par celui-ci n'est pas suffisant pour établir que le certificat de résidence sollicité par M. A lui a été remis. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet des Hauts-de-Seine doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résident en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est marié le 19 décembre 2021 en Algérie à une ressortissante française, avec laquelle il a eu une enfant née le 27 octobre 2023 à Paris. Par une ordonnance du 26 janvier 2024, le tribunal judiciaire de Nanterre, après avoir constaté la résidence séparée des époux depuis le 27 mai 2023, a jugé que l'autorité parentale continuait à être exercée conjointement par les deux parents, a fixé la résidence habituelle de l'enfant au domicile de sa mère et a fixé à 100 euros le montant mensuel de la contribution de M. A à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision implicite de refus de renouvellement de son certificat de résidence méconnait les stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son certificat de résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou tout autre préfet territorialement compétent en fonction du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer à M. A un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèces, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler le certificat de résidence de M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou tout autre préfet territorialement compétent en fonction du lieu de résidence actuel de l'intéressé de délivrer à M. A un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
E. Beauvironnet
La présidente,
signé
S. Edert
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.