Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411975
jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411975 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SALIGARI |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 août 2024, le 9 septembre 2024 et le 22 octobre 2024, Mme A B représentée par Me Saligari, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 8 mars 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident et lui a délivré à la place une carte de séjour temporaire, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet compétent de lui restituer sa carte de résident, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisante motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 432-4 et R. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 23 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 octobre 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cordary, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante tunisienne née le 12 mars 1972, était titulaire en dernier lieu d'une carte de résident valable du 12 juillet 2018 au 11 juillet 2028. Par un arrêté du 8 mars 2024, notifié le 6 avril 2024, le préfet de Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident et de lui a délivré une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " valable un an. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 8 mars 2024, ensemble le refus implicite de son recours gracieux du 8 avril 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour retirer à Mme B sa carte de résident, le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas précisé la base légale sur laquelle il s'est fondé, a relevé qu'elle avait été convoquée par un officier de police judiciaire du tribunal administratif de Nanterre pour des faits commis le 20 novembre 2023 de " violence sur une personne chargée de mission de service public suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours " et " conduite d'un véhicule à moteur malgré injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points ". Toutefois, le préfet, en se bornant à produire un rapport administratif du " CSPAP Puteaux La Défense ", ne justifie pas que Mme B aurait été condamnée de manière définitive pour les faits en cause. Dès lors, ces faits, outre qu'ils sont isolés, ne sauraient caractériser à eux seuls, compte tenu de leur nature et alors au demeurant qu'il ressort du rapport administratif lui-même que Mme B n'a aucun antécédent judiciaire, une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée est fondée sur des faits matériellement inexacts. Il y a donc lieu de l'annuler pour ce motif.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
3. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à la restitution de la carte de résident de Mme B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. A ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La décision du 8 mars 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a retiré la carte de résident de Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de restituer à Mme B sa carte de résident, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête de Mme B sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. CORDARY
La présidente,
signé
C. ORIOLLa greffière,
signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière