Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412922

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412922
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant bangladais, contestant un arrêté préfectoral du 5 août 2024 portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination, interdiction de retour d’un an et signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen (SIS). La juridiction a d’abord jugé irrecevable le recours contre le signalement SIS, considérant qu’il s’agit d’une simple information ne faisant pas grief. Sur le fond, le tribunal a écarté le moyen d’incompétence du signataire, une délégation de signature régulière ayant été publiée, et a rejeté le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, faute d’éléments probants. En conséquence, la requête a été rejetée par ordonnance sur le fondement des articles R. 222-1 4° et 7° du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024, M. B, représenté par Me Ahmad, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a inscrit aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen.

Il doit être regardé comme soutenant que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un vice d'incompétence.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant non-admission dans le système d'information Schengen :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article R. 231-6 du code de la sécurité intérieure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ; / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. / () ".

2. M. B, ressortissant bangladais né le 20 décembre 1983, est entré sur le territoire français le 8 novembre 2022. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a inscrit aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur la décision portant non-admission dans le système d'information Schengen :

3. Il ressort de l'arrêté en litige que le préfet des Hauts-de-Seine a seulement informé M. B qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de son interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors qu'une telle information ne fait pas grief, les conclusions de M. B dirigées contre elle sont manifestement irrecevables et insusceptibles de régularisation. Par suite, il y a lieu de les rejeter sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les autres décisions :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

4. Par arrêté n° 2024-31 du 2 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à M. A C, attaché adjoint au chef de bureau de l'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme étant manifestement infondé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

6. Si M. B soutient que la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne conteste pas les termes de l'arrêté en litige selon lesquels l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par décision du 3 janvier 2024, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 mai 2024. Le moyen doit donc être écarté comme n'étant assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien. A cet égard, M. B ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux conditions d'octroi de l'asile. Ce moyen doit donc être écarté comme étant inopérant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde et mentionne les considérations de fait qui ont conduit à son édiction, notamment le caractère récent du séjour de M. B et son absence de famille sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit, dès lors, être écarté comme étant manifestement infondé.

8. En second lieu, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie d'exception d'illégalité doit être écarté comme n'étant assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B.

Fait à Cergy, le 12 décembre 2024.

La présidente de la 3ème chambre,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.