Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413247
lundi 16 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413247 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 septembre, 15 et 29 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Lachenaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est fondée sur des mentions figurant dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires sans saisine préalable des services de police ou de gendarmerie et du procureur de la République pour compléments d'informations sur les suites judiciaires ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il est présent depuis quatorze ans en France, où résident son épouse et ses trois enfants, et qu'il est intégré socialement et professionnellement ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le rapport de Mme Chaufaux a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 1er mars 1985 à Mandi Bahauddin, est entré en France le 20 juillet 2010 selon ses déclarations, dépourvu de tout visa. Il a sollicité le 17 mai 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté en date du 25 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a pris à son encontre une décision de refus de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant deux ans.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne également différents éléments de la situation personnelle et familiale de M. A notamment le fait qu'il réside habituellement en France depuis plus de dix ans. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet du Val-d'Oise pour refuser sa demande de titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A au regard de son droit au séjour avant de prendre la décision attaquée. Par suite, les moyens invoqués par M. A tirés de l'absence d'examen de sa situation personnelle et de l'insuffisance de motivation de cette décision doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, le requérant doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale. Toutefois, dès lors que les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la décision portant refus de titre de séjour, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application de ces dispositions du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise. Il en va de même de l'absence d'information par le procureur de la République sur les suites judiciaires. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché son arrêté d'un vice de procédure et méconnu l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que la décision est entachée d'une erreur de droit, sans même préciser les dispositions législatives ou réglementaires qui auraient été méconnues, M. A n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut être qu'écarté.
5. En quatrième lieu, M. A soutient qu'il est présent depuis quatorze ans en France, où résident son épouse et ses trois enfants, et qu'il est intégré socialement et professionnellement. Toutefois, en se bornant à produire l'acte de naissance de son fils D A, né le 20 juillet 2020 en France, deux certificats de scolarité pour sa fille C A, née le 27 octobre 2016 au Pakistan, au titre des années 2019-2020 et 2020-2021, et enfin la traduction d'un acte de mariage célébré et enregistré le 15 mars 2015 au Pakistan, il n'établit pas que son épouse et ses enfants résideraient en France. Par ailleurs, la circonstance que M. A ait travaillé du 1er septembre 2015 au 28 février 2016 comme peintre pour la société SSM, ainsi que du 22 mai 2017 au 13 octobre 2017 en qualité d'aide projeteur de flocage pour la société Batisol, est insuffisante pour justifier d'une intégration professionnelle en France. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie d'aucun lien particulier qu'il aurait noué en France, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans au moins. Dans ces conditions, et nonobstant la durée de présence en France du requérant, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
8. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que pour fixer la durée d'interdiction de retour sur le territoire français le préfet a pris en compte la vie privée et familiale de M. A ainsi que la circonstance qu'il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français notifiées les 27 novembre 2013 et 23 octobre 2018, qu'il n'a pas exécutées, ainsi que la circonstance qu'il a troublé l'ordre public au cours des années 2022 et 2023. Il s'ensuit que les moyens tirés du défaut de motivation de la décision en litige et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile manquent en fait et doivent être écartés.
9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
E. Chaufaux
La présidente,
signé
S. EdertLa greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.