Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413374
vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413374 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 14 août 2024 sous le numéro 2411885, M. A C, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'annuler la décision du 25 mars 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article ;
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un récépissé avec autorisation de travail :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que dans le cadre d'une demande d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", l'exercice d'une activité professionnelle n'est pas de droit et la délivrance d'un récépissé autorisant le requérant à travailler ne se justifie pas.
II. Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024 sous le numéro 2413374, M. A C, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 septembre 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que dans le cadre d'une demande d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", l'exercice d'une activité professionnelle n'est pas de droit et la délivrance d'un récépissé autorisant le requérant à travailler ne se justifie pas.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le rapport de Mme Chaufaux a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M A C, ressortissant malgache né le 5 mai 1987 à Maromandia a présenté, le 5 décembre 2022, une demande de titre de séjour et s'est vu délivré des récépissés de demande de carte de séjour, dont le dernier est valable jusqu'au 10 décembre 2024, ne l'autorisant pas à travailler. Par deux requêtes enregistrées sous les numéros 2411885 et 2413374, M. C demande au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi qu'un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées enregistrées sous les numéros 2411885 et 2413374 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des trois récépissés de demande de titre de séjour que M. C produit à l'instance, qu'il a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention visiteur et non la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-7 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; ".
6. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de ce code auxquelles il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour.
7. Comme énoncé au point 4, dès lors que M. C n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un vice de procédure à défaut de saisine de la commission du titre de séjour.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. M. C soutient que sa fille, B C, ressortissante française née le 25 novembre 2015, réside en France. Toutefois, il ne justifie, ni même n'allègue, être en contact avec sa fille dont il ressort des pièces du dossier qu'elle était scolarisée à Mayotte pour l'année scolaire 2022-2023 alors que M. C réside à Sannois. En outre, M. C, célibataire en France, ne justifie d'aucun lien particulier qu'il y aurait noué, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un récépissé de titre de séjour avec autorisation de travail :
10. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : () 3° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 423-1, L. 423-7, L. 423-8, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-22, L. 425-1 ou L. 426-5 ; () ".
11. Si M. C soutient qu'il aurait dû se voir délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dès lors qu'il a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort comme exposé au point 4 qu'il a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention visiteur et que cette demande de titre n'est pas au nombre de celles dont le récépissé autorise son titulaire à travailler en application de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. En second lieu, comme exposé au point 11, dès lors d'une part que le récépissé de demande de délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention visiteur n'autorise pas son titulaire à travailler et d'autre part, que M. C n'établit pas avoir sollicité un récépissé l'autorisant à travailler, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Val-d'Oise.
Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La rapporteure,
E. Chaufaux
La présidente,
S. EdertLa greffière,
K. Nabunda
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2411885 et 2413374