Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413478

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413478
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de suspension de l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. A et a ordonné son expulsion. Le juge a constaté un non-lieu à statuer sur la décision d'expulsion, celle-ci ayant été entièrement exécutée. Concernant le refus de renouvellement du titre de séjour, la condition d'urgence n'a pas été examinée, le juge ayant estimé qu'aucun des moyens soulevés (défaut de motivation, erreur manifeste d'appréciation, méconnaissance des articles L. 631-3 du CESEDA et des articles 3 et 8 de la CEDH et de la CIDE) n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, au vu notamment de la condamnation pénale de l'intéressé pour agression sexuelle. La requête a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés le 19 septembre et le 8 et 9 octobre 2024 respectivement, M. B A, représenté par Me Gausseres, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le Préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de son titre de séjour et a ordonné son expulsion du territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine a refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour et a prononcé son expulsion ; en outre, cet arrêté a des conséquences graves sur sa situation personnelle, familiale et professionnelle ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

* elle est entachée d'un défaut de base légale

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 631-3 3° et 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2412940, enregistrée le 9 septembre 2024, par laquelle M. B A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 9 octobre 2024 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de

M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;

- les observations de Me Gausseres, représentant M. B A, qui informe le tribunal que l'arrêté d'expulsion contesté a été entièrement exécuté.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de nationalité marocaine, est entré sur le territoire français en 2009 avec un visa long séjour " conjoint de français ". Il a été titulaire par la suite de plusieurs cartes de séjour temporaire avant d'obtenir la délivrance d'une carte de résident valable du 10 avril 2013 au 9 avril 2023. Il a ensuite bénéficié de récépissés de demande de renouvellement de titre de séjour. Par un arrêté en date du 8 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour et a ordonné son expulsion du territoire français. Par la présente requête, M. B A demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée :

En ce qui concerne la décision d'expulsion :

2. Il résulte de l'instruction, notamment des déclarations du conseil de M. A informant le tribunal que la décision d'expulsion a été entièrement exécuté sans attendre que le juge des référés statue dans la présente instance, que les conclusions tendant à ce que son exécution soit suspendue sont désormais dépourvues d'objet. Il y a lieu en conséquence, et eu égard à l'officie du juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de constater un non-lieu à statuer à ce titre.

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. En l'état de l'instruction, eu égard en particulier à la nature, la gravité et au caractère encore récent des faits d'agression sexuelle pour lesquels M. A a été condamné en dernier lieu par un jugement du tribunal correctionnel de Paris en date du 11 mai 2023 à une peine à une peine d'emprisonnement de 3 ans dont deux avec sursis probatoire pendant deux ans, aucun des moyens de la requête n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision de non-renouvellement attaquée. Il suit de là que les conclusions à fin de suspension dirigées contre cette décision doivent être rejetées, ainsi que celles à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

5. Les conclusions présentées par M. A, partie perdante dans la présente instance, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce que le juge des référés suspende l'exécution de la décision d'expulsion de M. A en date du 8 juillet 2024.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Gausseres et au ministre de l'intérieur.

Copies-en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 9 octobre 2024.

Le juge des référés

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°24134780