Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414014

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414014
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine refusant un titre de séjour à un ressortissant marocain. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, le requérant ne justifiant pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, malgré la suspension de son contrat de travail. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire et la méconnaissance de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ont pas été examinés au fond en raison de l'absence d'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 2 octobre 2024, M. A B C, représenté par Me Zekri, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre, dans l'attente de l'intervention du jugement au fond, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors que la décision le place dans une situation irrégulière et qu'elle concerne un refus de renouvellement de titre de séjour alors même qu'il remplit les exigences légales en vue du renouvellement du titre de séjour qu'il sollicite, que son contrat de travail est suspendu par son employeur en raison de sa situation ;

- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* la décision en litige est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;

* elle est insuffisamment motivée et dépourvue d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation ;

* la décision en litige méconnait l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* la décision en litige est illégale par exception d'illégalité de la décision ordonnant son obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine

conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que le requérant ne justifie pas de la situation d'urgence qu'il invoque.

Vu :

- la requête n°2413684, enregistrée le 23 septembre 2024, par laquelle M. B C demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et son annexe 10 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné Mme Edert, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 11 octobre 2024 à 14 heures en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Edert, juge des référés ;

- les observations de Me Zekri, représentant M. B C, qui conclut uniquement à la suspension de l'exécution de la décision portant refus de titre de séjour, les décisions subséquentes de l'arrêté en litige étant suspendues par le recours au fond, ainsi qu'au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte. Il précise que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une méconnaissance de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il lui a opposé à tort la circonstance que son diplôme de garde master n'aurait pas été obtenu dans l'année de sa demande en se fondant sur le point 26 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B C, ressortissant marocain, né le 3 mai 1998, est entré régulièrement sur le territoire français 2022, sous couvert d'un visa long séjour " étudiant ". Il a souhaité prolonger son séjour pour compléter sa formation, a sollicité une carte de séjour " recherche d'emploi - création d'entreprise " le 12 janvier 2024 et a été muni d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 12 septembre 2024. Après s'être rendu physiquement à la préfecture des Hauts-de-Seine il a été informé qu'une obligation de quitter le territoire prise à son encontre par le préfet des Hauts-de-Seine en date du 8 avril 2024 lui aurait été notifiée le 11 avril 2024. Par la présente requête, M. A B C demande à la juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ou d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Il résulte de l'instruction, que M. B C a sollicité la prolongation de son séjour sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il doit être regardé comme ayant sollicité un renouvellement de son titre de séjour, ce qui ressort également des termes de l'arrêté attaqué. Par suite, il bénéfice de la présomption d'urgence attachée aux demandes de renouvellement de titre de séjour. Si en défense, le préfet indique que le contrat de M. B C n'est pas suspendu, il résulte de l'instruction que le processus de recrutement engagé dans un secteur demandé ne peut aboutir faute de titre de séjour, que ses aides au logement ont été suspendues et que le requérant a cherché à connaitre les suites données à sa demande pendant plusieurs mois, alors qu'un arrêté de rejet de sa demande avait été édicté dés le 4 avril 2024 pour ne lui être notifié que le 27 septembre 2024. La condition d'urgence doit donc être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie () avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; / 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation (). " Aux termes de son article R. 431-11 : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Et aux termes du point 26 de l'annexe 10 à ce code précisant la liste des pièces justificatives à produire pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi/création d'entreprise " : " () - diplôme de grade au moins équivalent au master () ".

6. L'arrêté attaqué est fondé sur le motif tiré de ce que la demande de M. B C n'entre pas dans les prescriptions de l'annexe 10 point 26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce dernier s'étant vu délivrer son diplôme de master le 20 novembre 2023, alors que sa demande de carte de séjour " recherche d'emploi- création d'entreprise " a été déposée le 12 janvier 2024. Toutefois, il est constant que le requérant est titulaire d'un master et en lui opposant les conditions requises pour les titulaires d'une licence professionnelle, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du point 26 annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est en l'état de l'instruction de propre, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

7. ll résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du de justice administrative sont remplies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 8 avril 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B C, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Il ressort clairement de ces dispositions que, si, dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521 1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, et assortir cette suspension d'une injonction ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration, les mesures qu'il prescrit ainsi doivent présenter un caractère provisoire.

9. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, de délivrer au requérant dans un délai de huit jours, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur sa requête au fond.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat au profit de M. B C une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 8 avril 2024, en tant que le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de M. B C tendant au renouvellement de son titre de séjour est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B C sous huit jours, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond.

Article 3 : L'Etat versera à M. B C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5: La présente ordonnance sera notifiée à M. A B C et préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 15 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé

S. Edert

La République mande et ordonne ministre de l'intérieur ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.