Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414379
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2414379 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Carles, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur la demande de renouvellement de sa carte de résident de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer, pour la durée de cet examen, un récépissé de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; qu'en outre, la décision contestée le place dans une situation de précarité administrative, en ce qu'il ne peut plus justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision :
* est entachée d'un vice de compétence ;
* est entachée d'un vice de forme, en raison d'un défaut de motivation, dès lors qu'il a sollicité la communication des motifs du refus implicite ;
* est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
* a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* a été prise en violation du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation étant irrecevables dès lors que les conclusions sont dirigées contre une décision inexistante, aucune décision implicite de rejet n'étant née et en tout état de cause, la requête est tardive, la requête aux fins de suspension n'est pas recevable ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2414382, enregistrée le 4 octobre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné Mme Le Griel, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 17 octobre 2024 à 10 heures en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Le Griel, juge des référés ;
- les observations de Me Carles représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et qui fait également valoir que la décision expresse du 11 avril 2024 produite en défense se substitue à la décision implicite de refus de délivrance du titre de séjour. Elle insiste sur l'absence de tardiveté des conclusions à fin d'annulation de la décision en litige dès lors que la notification de l'arrêté du 11 avril 2024, faisant obligation de quitter le territoire sans délai mentionne le délai de recours de 48 heures, n'a pas déclenché les délais de recours contentieux, en l'absence de notification administrative. M. A fait en outre état de ce qu'il n'a pas reçu l'arrêté du 11 avril 2024, à la suite de son déménagement.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, est né le 13 août 1984 a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence de dix ans, dont la durée de validité a expiré le 16 mai 2023. L'intéressé a été muni d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dont la durée de validité était fixée du 4 mars au 3 juin 2024. Le silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur la demande du requérant a fait naître une décision implicite de rejet. Par un arrêté en date du 11 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour formée par le requérant, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
En ce qui concerne l'objet du litige :
2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation et par suite à fin de suspension de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. En l'espèce, la décision expresse contenue dans l'arrêté du 11 avril 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour s'est substituée à la décision implicite qui est née du silence gardé par l'administration suite à sa demande. Dans ces conditions, les conclusions aux fins de suspension dirigées contre la décision implicite doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse contenue dans l'arrêté du 11 avril 2024. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'inexistence de la décision attaquée ne peut être accueillie.
En ce qui concerne la tardiveté de la requête :
4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu notifier par voie postale l'arrêté du 11 avril 2024 par pli recommandé avec accusé de réception, lequel a été présenté le 3 mai 2024 et est revenu aux services préfectoraux avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Si ce pli doit être réputé notifié le 3 mai 2024, pour autant les décisions portant obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai de départ volontaire peuvent faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative dans un délai de quarante-huit heures à compter de leur notification par voie administrative. Par suite, la notification d'un tel arrêté à l'intéressé, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quand bien même elle comporte l'indication de ce délai de recours contentieux, n'est pas de nature à le faire courir. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la requête au fond, ne peut être accueillie.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne l'urgence
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision
7. Le requérant qui bénéficie d'une carte de résident de 10 ans dont le renouvellement lui a été refusé, qui vit en France depuis ses 9 ans, étant entré sur le territoire français dans le cadre de la procédure du regroupement familial et qui est père de trois enfants français, dont il s'occupe, justifie de l'existence d'une situation d'urgence.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux :
8. D'une part, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ".". Et enfin aux termes de l'article L.432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
9. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit seul les conditions de séjour en France des ressortissants algériens, aucune stipulation de cet accord ne prive l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public, à l'exception du cas de la demande de renouvellement du certificat de résidence de dix ans. Dès lors, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commis le préfet en refusant de renouveler le certificat de résidence de dix ans du requérant pour des motifs d'ordre public est propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
10. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions posées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision contenue dans l'arrêté du 11 avril 2024 portant refus de renouvellement de la carte de résident de dix ans de M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction
11. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine munisse le requérant, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La décision portant refus de renouvellement de la carte de résident de M. A contenue dans l'arrêté du 11 avril 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet-de-Hauts-de-Seine de munir M. A d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai quinze jours à compter de la date de notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 euros à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 24 octobre 2024.
La juge des référés,
Signé
H. Le Griel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24143792
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