Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414381

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414381
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, était saisi par Mme A épouse B d'une demande de suspension de la décision implicite du préfet du Val-d'Oise refusant le renouvellement de son titre de séjour. Le préfet a fait valoir que la requérante s'était vu délivrer un récépissé valable du 15 octobre 2024 au 14 janvier 2025. Le tribunal a constaté que cette délivrance faisait obstacle à ce que la condition d'urgence soit regardée comme remplie, et a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2024, Mme C A épouse B, représentée par Me Sabaly, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de la munir d'un récépissé l'autorisant à travailler sous même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable et n'est pas tardive au regard de la jurisprudence notamment de la Cour administrative de Lyon du 3 novembre 2018 n° 18LY01362 ;

- La condition d'urgence est présumée dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; qu'en outre, la décision contestée la place en situation irrégulière ; ce refus a emporté le refus de la sécurité sociale de rembourser les soins en l'absence de titre de séjour, et le refus de naturaliser les enfants ; elle s'est vu suspendre la validité de son permis de conduire ; elle n'a pas pu assister aux obsèques de sa mère au Sénégal ; elle a été privée de la possibilité de rechercher un emploi ; France travail (Pôle emploi) a annulé l'assistance dont elle devait bénéficier aux fins de recherche d'emploi ; elle n'a pas perçu les allocations familiales en l'absence de titre de séjour ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision attaquée :

* est insuffisamment motivée ;

* méconnaît les dispositions de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* a été prise en violation du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il fait valoir que la requérante s'est vu remettre un récépissé valable du 15 octobre 2024 au 14 janvier 2025.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2413234, enregistrée le 24 février 2024, par laquelle Mme A épouse B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme Le Griel, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 21 octobre 2024 à 10 heures en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Le Griel, juge des référés ;

- les observations de Me Sabaly représentant Mme A épouse B, non présente et qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens et fait valoir que l'intéressée n'est pas à ce jour en possession du récépissé annoncé. Il demande également au tribunal à ce qu'il soit enjoint au préfet de délivrer à la requérante le titre de séjour sollicité.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse B, ressortissante sénégalaise, née le 2 septembre 1998, est entrée en France en mai 2018 sous couvert d'un passeport munie d'un visa de long séjour mention " passeport talent famille ". L'intéressée s'est vu délivrer un titre de séjour le 3 mars 2018 valable jusqu'au 2 mars 2022. Elle en a sollicité le renouvellement. Elle a été munie d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour valable du 7 mars au 6 juin 2022 et renouvelé jusqu'au 15 mai 2023. Par courrier du 23 septembre 2023, elle a demandé les motifs du rejet implicite de sa demande née du silence de l'administration, laquelle n'a pas répondu et a délivré à l'intéressée un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour valable jusqu'au 7 mai 2024. Mme A épouse B demande juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision implicite de refus de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une décision portant retrait d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour ou d'un retrait de titre de séjour.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision implicite de refus de séjour litigieuse, Mme A épouse B, qui a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire, se prévaut de la présomption d'urgence rappelée au point précédent et soutient que l'irrégularité de sa situation administrative au regard du droit au séjour a conduit au refus de la sécurité sociale de rembourser les soins en l'absence de titre de séjour, et au refus de naturaliser les trois enfants du couple et qu'elle s'est vu suspendre la validité de son permis de conduire, qu'elle n'a pas pu assister aux obsèques de sa mère au Sénégal et qu'elle a été privée de la possibilité de rechercher un emploi, France Travail ayant annulé l'assistance dont elle devait bénéficier aux fins de recherche d'emploi et enfin qu'elle n'a pas perçu les allocations familiales. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment des mentions de l'extrait du fichier national des étrangers (FNE) produit par le préfet en défense, qu'un récépissé de demande de titre de séjour a été émis le 15 octobre 2024 au bénéfice de Mme A épouse B. Un tel récépissé ayant pour objet d'autoriser provisoirement la présence de l'étranger concerné en France pendant la durée de l'instruction de sa demande de titre de séjour et de lui permettre de faire valoir ses droits, ces éléments sont constitutifs de circonstances de nature à renverser la présomption d'urgence dont elle se prévaut. Si lors de l'audience, il est fait état de la circonstance que la requérante ne disposait pas encore de ce récépissé, le préfet justifie néanmoins avoir pris les mesures nécessaires à l'émission de ce celui-ci et il ne résulte pas de l'instruction qu'un refus de remise aurait été opposé à la requérante. Dans les circonstances particulières de l'espèce, Mme A épouse B ne peut être regardée comme établissant, à la date de la présente ordonnance, l'existence d'une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de nature à caractériser la nécessité, pour elle, de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension présentées par Mme A épouse B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A épouse B et au ministre de l'intérieur.

Copies-en sera transmise au préfet du Val-d'Oise

Fait à Cergy, le 29 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

H. Le Griel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24143812