Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414472

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414472
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme B, ressortissante ivoirienne, qui sollicitait la suspension du refus implicite de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, car la requérante ne justifiait pas de circonstances particulières rendant nécessaire une mesure provisoire à très bref délai, le refus de renouvellement n'étant pas en cause. La requête a été rejetée sans examen des moyens de fond, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Lerein, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets tirés du refus de délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle prise par le préfet du Val-d'Oise ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation, de lui fixer un

rendez-vous et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans un délai de sept jours, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est établie, dès lors que l'absence de titre de séjour l'empêche de travail et de bénéficier des aides relatives à la garde de son enfant et des allocations familiales ; en outre, elle risque de faire l'objet d'une interpellation et d'un éloignement ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- son dossier est considéré comme complet, dès lors qu'aucune pièce complémentaire lui a été réclamée ;

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'une attestation de prolongation de l'instruction ne lui a pas été remise, eu égard à la complétude de son dossier ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2414469, enregistrée le 7 octobre 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante ivoirienne née le 18 avril 1983 à Abobo en Côte d'Ivoire, est entrée en France le 16 novembre 2016, muni d'un visa C. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'" étranger malade " valable depuis le 18 août 2018. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour par le biais de la plateforme numérique Administration Numérique des Etrangers en France (ANEF) le 6 février 2024. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié par un courrier en date du 31 juillet 2024 la réception des documents. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre les effets tirés du refus de délivrance de l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Et aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcé la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Pour justifier de l'urgence de sa situation, Mme B fait valoir que le refus de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'empêche de travailler et de bénéficier des aides relatives à la garde de son enfant et des allocations familiales. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante n'établit par aucune pièce la réalité du préjudice, tiré de la perte de son emploi et de la suspension des aides sociales, qu'elle allègue et qui ne saurait résulter de ses seules écritures. Dans ces conditions,

Mme B ne peut être regardée comme justifiant, dans la présente requête, de circonstances de nature à caractériser une situation d'urgence imposant que le juge des référés suspende l'exécution de la décision en cause, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il suit de là que sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Cergy, le 11 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.