Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414514

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414514
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a retiré la carte de résident de M. B, ressortissant turc. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, compte tenu du placement en détention provisoire de l'intéressé pour des faits d'escroquerie en bande organisée, et du caractère conjoncturel de la promesse d'embauche produite. La requête a été rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles relatives aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 17 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Ossibi, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a retiré sa carte de résident ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'irrégularité de son séjour emporte des effets graves et immédiats sur sa situation administrative, sociale et professionnelle ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

* il est entaché d'une insuffisance de motivation, dès lors que sa détention provisoire ne constitue pas une menace à l'ordre public et ne reflète pas sa situation personnelle ;

* il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 17 octobre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et soutient que la condition d'urgence n'est pas justifiée et qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2414453, enregistrée le 6 octobre 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 18 octobre 2024 à

10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de

Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;

- les observations de Me Ossibi, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turque né le 10 mai 1970 à Sivas en Turquie, est entré en France en juin 1973 en qualité de mineur selon ses déclarations. Il est titulaire d'une carte de résident régulièrement renouvelée à plusieurs reprises et en dernier lieu du 24 juin 2016 au 23 juin 2026. Par un arrêté du 7 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise a retiré sa carte de séjour. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcé la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, si le requérant produit au dossier une promesse d'embauche à l'effet de démontrer que la situation administrative irrégulière dans laquelle il se trouve du fait du retrait de sa carte de résident litigieux lui crée une dommage professionnelle immédiat, il résulte de l'instruction que cette attestation d'embauche en date du 28 mai 2024, à la supposer probante, a pour seul objet d'accroître les probabilités de M. B de pouvoir être remis en liberté alors qu'il est a été placé en détention provisoire pour des faits d'escroquerie en bande organisée. Dans ces conditions, eu égard au placement en détention provisoire actuel de l'intéressé et l'objet purement conjoncturel de la promesse d'embauche, le retrait de sa carte de résident ne saurait être regardé comme caractérisant, quand bien même elle serait présumée, une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il suit de là que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise

Fait à Cergy, le 18 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.