Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414976

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414976
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B, ressortissant moldave, qui demandait qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car M. B n'avait pas justifié de démarches suffisamment précises et réitérées auprès de l'administration pour obtenir le renouvellement de son récépissé avant son expiration. En conséquence, l'atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés fondamentales (droit au travail, vie privée et familiale) n'a pas été caractérisée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Morel, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour portant autorisation de travail, dans un délai de 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par heure de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est désormais placé en situation irrégulière, avec l'anxiété quasi permanente qui en découle d'un contrôle de sa situation administrative et d'un placement en centre de rétention administrative ; que son contrat de travail a été suspendu dès le 14 octobre 2024, lendemain de l'expiration de la validité de son récépissé, tout comme ses droits sociaux, alors qu'il a quatre enfants à charge, dont un en situation de handicap, et que sa compagne exerce à temps partiel, plaçant ainsi toute la famille dans la précarité ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit au travail et à celui de mener une vie privée et familiale normale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'y a pas d'atteinte grave et immédiate à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de la tenue de l'audience publique du 18 octobre 2024 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Richard, juge des référés,

- et les observations de Me Morel, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et celles de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant moldave né le 21 février 1984, est entré sur le territoire français en février 2002 afin d'y solliciter l'asile. Ayant obtenu le bénéfice du statut de réfugié, il a été mis en possession d'une carte de résident valable du 4 septembre 2002 au

3 septembre 2012, puis du 4 septembre 2012 au 3 septembre 2022, et enfin d'un titre de séjour valable jusqu'au 13 avril 2024. Il a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour qui a été enregistrée le 9 avril 2024 et s'est vu délivrer un récépissé valable jusqu'au

13 octobre 2024 qui n'a pas fait l'objet d'un renouvellement malgré ses réclamations. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour portant autorisation de travail.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. La juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " La juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

3. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (). ". Aux termes de l'article R. 431-15 de ce même code : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Il résulte de l'instruction que la société Marekiaro, employeur de M. B, a suspendu son contrat de travail à compter du 14 octobre 2024, du fait de la fin de validité de son récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour, et que cette suspension est toujours effective en raison de l'absence de renouvellement de ce dernier, alors même que, contrairement à ce que soutient le préfet des Hauts-de-Seine, M. B a fait preuve de diligence en présentant sa demande de renouvellement de récépissé sept jours avant son expiration. Il résulte également des pièces produites que les droits sociaux de M. B ont été suspendus dans l'attente de présentation d'un document attestant de sa régularité au séjour, alors qu'il a quatre enfants à charge. Dans ces conditions, dans les circonstances très particulières de l'espèce, le requérant doit être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence appelant, à bref délai, une réponse du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

5. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B a déposé, le 9 avril 2024, une demande de renouvellement de son titre de séjour qui l'autorisait à travailler. Le préfet des Hauts-de-Seine ne conteste pas que le dossier de l'intéressé soit complet. Ainsi, en refusant de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour l'autorisant à travailler, conformément aux dispositions citées au point 3, le comportement du préfet des Hauts-de-Seine a pour effet de placer le requérant en situation irrégulière sur le territoire français et de l'empêcher de poursuivre son activité professionnelle qui lui permet d'assurer sa subsistance et celle de sa famille. Ainsi, en refusant de remettre à l'intéressé un récépissé l'autorisant à travailler, le préfet des Hauts-de-Seine porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au travail ainsi qu'à la liberté d'aller et venir de celui-ci.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de deux jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 18 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé

A.Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24149762