Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2415057

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2415057
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision implicite de rejet du renouvellement de la carte de résident de dix ans de M. B, réfugié palestinien. Le juge a reconnu l'urgence, présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour, et a estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. Il a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la demande dans un délai de deux mois et de délivrer un récépissé autorisant le travail pendant cet examen.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés les 17 et 30 octobre 2024 respectivement, M. A B, représenté par Me Delemi, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur la demande de renouvellement de sa carte de résident de dix ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa demande de délivrance de carte de résident dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jours de retard, et de lui délivrer, pour la durée de cet examen, un récépissé de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à versé à Me Delemi en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle ;

5°) en cas de rejet de l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; qu'en outre, la décision contestée le place dans une situation de précarité administrative et financière, en ce qu'il ne peut plus justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision :

* est entachée d'un vice de compétence ;

* est entachée d'un vice de forme, en raison d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* porte atteinte au droit constitutionnel d'asile.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine lequel n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2415080, enregistrée le 17 octobre 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 30 octobre 2024 à 11 heures en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;

- les observations de Me Delemi représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 24 juillet 1983 à Gaza, en Palestine, est bénéficiaire d'une protection internationale en qualité de réfugié et titulaire d'une carte de résident de 10 ans qui a expiré le 3 mars 2024. Il en a sollicité le renouvellement en date du 4 décembre 2023 et a été muni de plusieurs attestations de prolongation d'instruction, dont le dernier expirait le 22 juillet 2024. En l'absence de réponse du préfet des Hauts-de-Seine, une décision de rejet implicite est née. Il demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé le renouvellement de sa carte de résident.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. B fait valoir et établi, sans être au demeurant contesté utilement sur ce point par le préfet des Hauts de Seine, que le refus de renouvellement de sa carte de résident le place dans une situation irrégulière au regard des dispositions régissant le séjour des étrangers en France, quand bien même cette situation ne lui fait pas perdre sa qualité de réfugié, et partant

dans une situation de grande précarité financière et administrative. Eu égard à la protection particulière dont bénéficie les personnes bénéficiant de la qualité de réfugié, et alors qu'il a demandé en temps utile le renouvellement de sa carte de résident, le requérant doit être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le refus implicite de renouvellement de la carte de résident de M. B méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, alors qu'au surplus le préfet des Hauts-de-Seine s'est abstenu de défendre dans la présente instance, propre à créer un doute sérieux sur sa légalité. Il suit de là qu'il y a lieu d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions à fin d'injonction

6. Eu égard à ce qui vient d'être dit au point 5, il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la demande de délivrance de carte de résident de M. B et de lui délivrer, pour la durée de cet examen, un récépissé de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

7. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Delemi en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur la demande de renouvellement de sa carte de résident de dix ans en date du 4 décembre 2023 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la demande de délivrance de carte de résident de M. B et de lui délivrer, pour la durée de cet examen, un récépissé de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Article 4 : L'Etat versera à Me Delemi une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copies-en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 30 octobre 2024.

La juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24150572