Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2415183
vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2415183 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Nzaloussou, doit être regardé comme demandant à la juge des référés :
1°) d'ordonner au préfet du Val d'Oise, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de le convoquer à un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard excédant les vingt-trois jours suivant l'ordonnance, et de lui délivrer un récépissé dès l'enregistrement de sa demande de titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en l'absence de document l'autorisant à séjourner en France pendant l'instruction de sa demande, il est placé dans une situation précaire et a perdu son emploi ;
- les mesures sollicitées sont utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que M. B a été convoqué en préfecture le 16 décembre 2024 pour déposer son dossier de demande de titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme David-Brochen, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant congolais, a transmis par voie postale une demande de renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " à la sous-préfecture de Sarcelles, par un courrier du 11 décembre 2023 reçu le 14 décembre suivant. Le 7 janvier 2024, il a réitéré cette demande sur la plateforme de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), téléservice prévu par l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 14 mars suivant, cette dernière demande a été clôturée sur la plateforme de l'ANEF au motif qu'elle devait être formée par voie postale auprès de la sous-préfecture de Sarcelles. Le 27 avril 2024, l'intéressé a enfin formé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, qui a été rejetée comme irrecevable le 8 octobre suivant. Par la présente requête, il demande à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de le convoquer à un rendez-vous pour le dépôt de sa demande et de lui délivrer, dès son enregistrement, un récépissé.
Sur l'étendue du litige :
2. Le préfet du Val d'Oise démontre avoir convoqué l'intéressé, postérieurement à l'introduction de sa requête en référé, à un rendez-vous tendant à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction présentées à cette fin par M. B ont perdu leur objet. L'exception de non-lieu opposée en défense doit donc être partiellement accueillie. Il y a toujours lieu, en revanche, de statuer sur le surplus de ses conclusions à fin d'injonction tendant à la délivrance d'un récépissé.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles, qu'elles ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et qu'elles ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
4. D'autre part, aux termes de l'article R* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai prémentionné, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.
5. Il résulte de l'instruction que la demande de renouvellement du titre de séjour " vie privée et familiale " de M. B a été régulièrement formée par voie postale le 11 décembre 2023, par un courrier recommandé reçu par les services préfectoraux compétents le 14 décembre suivant. Alors que la complétude du dossier transmis, qui n'est pas contestée par le préfet, résulte suffisamment de l'instruction, une décision implicite de rejet est née le 14 avril 2023 du silence gardé sur cette demande. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la demande d'admission exceptionnelle au séjour ultérieurement formée par M. B a été expressément rejetée comme irrecevable, par un courriel des services préfectoraux du 8 octobre 2024. Dans ces conditions, la mesure sollicitée par l'intéressé, tendant à la délivrance d'un récépissé, est de nature à faire obstacle à l'exécution d'une décision de rejet de ses demandes de titre de séjour.
6. Par suite, les conclusions présentées par le requérant doivent être rejetées, y compris celles qu'il forme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val d'Oise.
Fait à Cergy, le 27 décembre 2024.
La juge des référés,
Signé
L. David-Brochen
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.