Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416074
lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2416074 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2024, Mme C A, représentée par Me Pacheco, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 4 novembre 2024, par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII, à titre principal, de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter de la délivrance de son attestation de demande d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Pacheco, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de lui verser la somme de 1 500 euros.
Mme A soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et de celle de sa fille mineure ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale, en ce que la décision attaquée a été prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne lui est pas applicable ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 11 du code de justice administrative et l'autorité de la chose jugée du jugement rendu le 23 septembre 2024, dès lors que l'autorité administrative n'a pas réexaminer sa situation ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 551-10, R. 551-23 et D. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité qui résulte de la méconnaissance des articles L. 522-1, L. 522-3, L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, en ce qu'elle ne prend pas en compte la vulnérabilité et l'intérêt supérieur de sa fille.
Par un mémoire, enregistré le 26 novembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision n°2412436 rendue le 23 septembre 2024 par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. d'Argenson, vice-président, en application des dispositions des articles L. 921-1 et L. 555-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. d'Argenson a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante béninoise née le 30 juin 1995, a présenté une demande d'asile en son nom et celui de sa fille mineure le 8 avril 2024. Par une décision du même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle avait introduit sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français. Le 21 mai 2024, Mme A a effectué un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Par un jugement n° 2412436 en date du 23 septembre 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 17 juillet 2024 et a enjoint au réexamen de la demande de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Par une nouvelle décision en date du 4 novembre 2024, notifiée le 8 novembre 2024, la directrice territoriale de l'OFII, par délégation du directeur général, a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme A, qui a été convoqué pour un entretien d'examen de sa situation le 16 octobre 2024, la directrice de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
5. Si Mme A soutient que la décision contestée est entachée d'un défaut de base légale, en ce qu'elle a été prise sur le fondement des dispositions de l'article L.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, disposition qui figure dans les visas de la décision contestée et qui ne lui est pas applicable, il ressort des termes de cette même décision que l'OFII a fait application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, disposition qui est applicable à la requérante, de sorte que le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
6. Mme A soutient que l'arrêté contesté méconnait l'article L. 11 du code de justice administrative, qui dispose que les jugements sont exécutoires, et l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement du 23 septembre 2024, révélant ainsi un défaut de réexamen. Toutefois, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces versées au dossier, notamment la fiche évaluation de vulnérabilité établie le 16 octobre 2024, soit postérieurement à ce jugement, que l'OFII n'aurait pas procédé, comme il a été dit précédemment, au réexamen approfondi de la situation de Mme A. En outre, le présent recours est dirigé contre une décision distincte de celle ayant fait l'objet du jugement du 23 septembre 2024. La requérante ne peut donc utilement invoquer, à l'appui de son recours, l'autorité et le caractère exécutoire qui s'attachent à ce jugement.
7. Aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ". Enfin, aux termes de l'article D. 551-16 du même code : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23. "
8. Il est constant que Mme A ne s'est pas vu proposer d'offre de prise en charge par l'OFII indiquant que le bénéfice de cette prise en charge pouvait être refusé dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le motif de la décision initiale de refus des conditions matérielles d'accueil du 8 avril 2024, tiré du caractère tardif de sa demande d'asile sans motif légitime, était précisé dans cette décision, si bien que Mme A en a eu connaissance à l'occasion du recours administratif préalable qu'elle a exercé le 17 juillet 2024, sans pour autant faire valoir à cette occasion un motif légitime pouvant justifier le caractère tardif de sa demande s'asile. Mme A doit dès lors être regardée, à l'issue de ces décisions et du jugement du 23 septembre 2024, comme ayant été pleinement et régulièrement informée de ce que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait lui être refusé ou qu'il pouvait y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. Mme A était donc, à l'occasion du réexamen de sa demande ordonnée par le tribunal, en mesure de présenter utilement ses observations sur sa situation, notamment sur le motif tenant au délai de dépôt de sa demande d'asile. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la requérante n'a été privée d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 551-10, R. 551-23 et D. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ". Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 (). Enfin, aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prises en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ".
10. Si Mme A soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée vit avec sa fille chez M. D, son époux, qui est salarié et en situation régulière sur le territoire français. Si elle soutient que leur logement est insalubre, elle ne produit aucun élément permettant de la regarder comme étant dans une situation de vulnérabilité particulière. Par suite, l'OFII n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la méconnaissance des articles L. 522-1, L. 522-3, L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
12. Mme A, qui se borne à produire un certificat de scolarité de sa fille et à soutenir que le logement dans lequel elles vivent est insalubre, ne produit aucun élément permettant d'établir que l'OFII aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, de sorte que ce moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme A doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais liés à l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Pacheco et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P.-H. d'Argenson
La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.