Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416437

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de suspension de M. A, réfugié, contestant le refus de délivrance d'un titre de séjour et de renouvellement de son récépissé. Le juge a constaté que le préfet des Hauts-de-Seine avait délivré à l'intéressé, en cours d'instance, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 19 mai 2025, régularisant ainsi sa situation. En conséquence, les conclusions aux fins de suspension sont devenues sans objet, et il a été prononcé un non-lieu à statuer sur ces demandes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 et 22 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Vahedian, demande au juge des référés, statuant par application de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre la décision du préfet des Hauts-de-Seine portant refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " réfugié " et la décision portant refus de renouvellement d'un récépissé dans le cadre d'une demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts de Seine de délivrer un titre de séjour portant la mention " Réfugié " dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans le délai de 8 jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, à verser à Me Vahedian, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de lui verser directement cette même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la condition d'urgence est présumée en ce qui concerne le non renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction ; la condition d'urgence est établie en ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour, dès lors que l'instruction de sa demande dure depuis plus de sept mois alors qu'il a droit à un titre de séjour en sa qualité de réfugié et qu'il risque de perdre son emploi, la date de validité de son attestation de prolongation d'instruction ayant expiré le 26 octobre 2024, sans être renouvelée ;

- il existe des doutes sérieux sur la légalité de la décision portant refus de renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction qui est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le prive de sa liberté d'aller et venir ;

- il existe des doutes sérieux sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour portant la mention " réfugié " qui est entachée d'un défaut d'examen sérieux, d'un défaut de motivation et d'une méconnaissance des article R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, L. 423-23 du même code et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que la demande de M. A est toujours en cours d'instruction et qu'il a délivré, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable du 20 novembre 2024 au 19 mai 2025.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2416446, enregistrée le 15 novembre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de deux décisions attaquées.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 26 novembre 2024 à 15 heures

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière le rapport de M. Prost, juge des référés.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 20 octobre 1990, a obtenu le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 11 avril 2023. Il a demandé au préfet des Hauts-de-Seine, le 27 avril 2024, la délivrance d'un titre de séjour. Le préfet des Hauts-de-Seine lui a délivré une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 24 octobre 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision du préfet des Hauts-de-Seine portant refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " réfugié " et la décision portant refus de renouvellement d'un récépissé dans le cadre de sa demande de titre de séjour.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour

En ce qui concerne les conclusions tendant à la suspension de l'exécution du refus de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction :

6. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet des Hauts-de-Seine a délivré à M. A, le 20 novembre 2024 une autorisation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour valable jusqu'au 19 mai 2025 qui maintient l'intéressé en situation régulière le temps de l'instruction de sa demande et l'autorise à travailler. Par suite, les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant refus de délivrance de cette attestation et à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une telle attestation sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne les conclusions tendant à la suspension de l'exécution du refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " réfugié " :

7. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet des Hauts-de-Seine a délivré à M. A une autorisation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour en France et d'exercer une activité professionnelle. Dans ces conditions, la condition de l'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne saurait être regardée comme remplie. Les conclusions de la requête aux fins de suspension du refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " réfugié " et les conclusions aux fins d'injonction de délivrance de ce titre doivent alors être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Vahedian, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vahedian de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, cette somme lui serait directement versée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction

Article 3 : L'État versera à Me Vahedian la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle et de son admission définitive à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, cette somme lui sera versée directement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 2 décembre 2024

Le juge des référés,

signé

F.-X. PROST

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.