Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416455
mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2416455 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 novembre 2024, M. D F, représenté par Me Potier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 décembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à son rejet au fond.
Il fait valoir que :
- la requête introduite le 15 novembre à 21H 46 est tardive ;
- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Colin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Colin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 décembre 2024.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D F, ressortissant algérien né le 26 novembre 1979, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai notifiée par le préfet des Hauts-de-Seine le 13 mai 2023. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de 45 jours, renouvelable deux fois, en l'obligeant à demeurer à son domicile chaque vendredi de 19 heures à 20 heures et chaque samedi de 8 heures à 10 heures et à se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi à 10 heures au commissariat de Gennevilliers et lui a interdit de sortir du département des Hauts-de-Seine sans autorisation.
2. En premier lieu, par arrêté n° 2024-42 du 20 septembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le 23 septembre 2024, le préfet a donné délégation à Mme B A, adjointe au chef de bureau des examens spécialisés de l'éloignement, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français ainsi que celles fixant ou non un délai de départ volontaire, celles fixant le pays de destination et celles portant interdiction de retour sur le territoire français en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice des migrations et de l'intégration et de la chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement. Il n'est pas établi que ces dernières n'étaient ni absentes ni empêchées à la date de l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsque l'urgence absolue a empêché qu'une décision soit motivée, le défaut de motivation n'entache pas d'illégalité cette décision. Toutefois, si l'intéressé en fait la demande, dans les délais du recours contentieux, l'autorité qui a pris la décision devra, dans un délai d'un mois, lui en communiquer les motifs. / Les dispositions du présent chapitre ne dérogent pas aux textes législatifs interdisant la divulgation ou la publication de faits couverts par le secret. ". Et aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".
4. Il résulte des dispositions du livre VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger son assignation à résidence dans un département déterminé. Dès lors, l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant assignation à résidence. En tout état de cause, la décision attaquée mentionne l'ensemble des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue du 2° du VI de l'article 72 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 13 mai 2023 notifié le 5 mars 2024, M. F a fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an dont la légalité a été confirmée par le jugement n° 2403312 rendu par ce tribunal le 25 avril 2024. Par suite, il est au nombre des étrangers qui peuvent être assignés à résidence sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée indique que l'intéressé est démuni de tout document d'identité ou de voyage, qu'il est nécessaire d'obtenir la délivrance d'un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle de son départ. Si M. F soutient que l'Algérie ne délivre pas de laissez-passer consulaires, de sorte qu'il n'existerait pas de perspective raisonnable d'éloignement, cette allégation n'est étayée par aucun élément, de sorte que l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une inexacte application des dispositions précitées. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Le requérant fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis 23 ans sous couvert d'un certificat de résidence valable du 10 octobre 2009 au 9 décembre 2019, qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et que cette décision le prive de tout lien avec ses cinq enfants de nationalité française. Toutefois, il ressort des termes de la décision attaquée que le requérant, assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine, doit demeurer à son domicile sis à Gennevilliers le vendredi de 19 heures à 20 heures et le samedi de 8 heures à 10 heures et pointer trois fois par semaines à 10 heures au commissariat de Gennevilliers. Ainsi, le requérant conserve la possibilité de se déplacer librement, en dehors du temps consacré au respect de ces obligations, dans le périmètre déterminé, lequel s'étend à l'intégralité du département. L'intéressé, qui se borne à indiquer qu'il est le père de cinq enfants dont il contribue à l'entretien et à l'éducation, ne fait état d'aucune contrainte pesant sur sa vie professionnelle ou familiale qui ferait obstacle au respect des obligations découlant de la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre dès lors qu'il ressort notamment des pièces du dossier que ses enfants résident chez leur mère également dans la commune de Gennevilliers. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet des Hauts-de-Seine a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet en défense, que la requête de M. F doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives au frais du litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. COLINLa greffière,
signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.