Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416544
lundi 16 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2416544 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 18 novembre 2024, 4 décembre 2024 et 5 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Champain, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a ordonné son transfert aux autorités polonaises responsables de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle, et de lui verser directement en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de situation personnelle ;
- il méconnait l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnait l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît les dispositions des articles 21 à 26 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors que le préfet ne justifie pas de la preuve de l'accord des autorités polonaises quant à sa reprise en charge ;
- il méconnait l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que sa concubine a été reconnue réfugiée en France ;
- il méconnait l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait l'article 3-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que sa concubine a été reconnue réfugiée en France ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les stipulations de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 décembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique les pièces du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (CE) de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Colin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Colin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Champain, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de M. A.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été enregistrée le 6 décembre 2024 pour M. A et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant biélorusse né le 9 octobre 1987, a déposé auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine une demande d'asile en France le 11 septembre 2024. La consultation du fichier " Visabio " a révélé qu'il est détenteur d'un visa délivré le 6 octobre 2023 par les autorités polonaises. Ces dernières ont été saisies le 24 septembre 2024 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 12 paragraphe 2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qu'elles ont acceptée par un accord explicite du 30 septembre 2024. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son transfert aux autorités italiennes.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 ci-dessus visée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet, pour retenir que M. A ne pouvait se prévaloir d'une vie privée et familiale en France, s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé aurait déclaré lors de son entretien individuel Dublin du 11 septembre 2024 être marié et que sa conjointe réside au pays d'origine. M. A soutient que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas tenu compte de sa relation de concubinage qu'il entretient en France avec une compatriote ayant la qualité de réfugiée. Il ressort du compte-rendu de l'entretien individuel susmentionné que M. A a refusé de signer ce compte-rendu, en outre il n'en ressort pas qu'il aurait déclaré que sa conjointe réside dans son pays d'origine. Par ailleurs, M. A verse au dossier, le jugement n° 2409725 rendu par le tribunal administratif de Melun le 14 août 2024 qui relève que l'arrêté du préfet du Val-d'Oise portant obligation de quitter le territoire français en date du 30 juillet 2024, alors contesté, mentionne qu'il est célibataire et entretient en France une relation avec une compatriote ayant la qualité de réfugiée, des arrêtés du préfet de Police par lesquels il a été assigné à résidence en août et septembre 2024 au domicile de cette dernière ainsi que des attestations de ses proches confirmant l'existence de cette relation et des photos du couple. Dans ces conditions particulières, M. A est fondé à soutenir qu'en se fondant de manière erronée sur la circonstance que sa conjointe réside dans son pays d'origine qui constituait un élément déterminant pour apprécier ses attaches privées et familiales sur le sol français le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 novembre 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif sur lequel il se fonde, que la situation de M. A soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
7. Ainsi qu'il a été dit au point 3, il y a lieu d'admettre M. A à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de ces dispositions, le versement à Me Champain d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 12 novembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé du transfert de M. A aux autorités polonaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile, est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de la demande présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Champain, conseil de M. A, la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous les réserves précisées au dernier point du présent jugement. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Champain et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. COLINLa greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.