Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416552

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par M. B d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, et prononçant une interdiction de retour d’un an, ainsi que contre un arrêté d’assignation à résidence. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant. Le tribunal a rejeté l’ensemble des demandes de M. B, estimant que les décisions attaquées étaient légales et proportionnées, et n’étaient entachées d’aucune des irrégularités soulevées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 18 novembre 2024, le 27 novembre 2024 et 4 décembre 2024, M. A D B, représenté par Me Sadoun, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée maximale de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer son passeport dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi de délai de départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle porte atteinte à son droit d'aller et venir ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Colin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Colin, magistrate désignée ;

- les observations de Me Sadoun, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins et aux mêmes moyens et en outre à ce que soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour de temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D B, ressortissant égyptien né le 19 octobre 1993, est entré en France le 14 mars 2021 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour en qualité de conjoint de français. Il a été mis par la suite en possession d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 26 septembre 2023 au 25 septembre 2024. Le 29 juillet 2024, il en a demandé le renouvellement auprès du préfet des Hauts-de-Seine. Par un arrêté en date du 30 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par un second arrêté en date du 18 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée maximale de 45 jours, renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 412-5 de ce code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B qui était titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 25 septembre 2024 a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en tant que parent d'enfant français et non au titre de l'article L. 421-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme le mentionne l'arrêté du 30 septembre 2024 attaqué. Il est constant que M. B est le père d'un enfant de nationalité française, né le 22 mars 2022 de son union avec une ressortissante française dont la procédure de divorce est en cours. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Créteil à une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis et interdiction de paraitre à son domicile et d'entrer en relation avec son épouse pendant 3 ans pour des faits de menace de mort matérialisé par écrit, image ou autre objet commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Il ressort également du jugement du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Créteil du 15 juin 2023 et de l'ordonnance du juge aux affaires familiales de ce même tribunal du 22 octobre 2024 que si en raison de ces faits la mère de l'enfant bénéficie de l'exercice exclusif de l'autorité parentale, le père n'en n'a pas été déchu et qu'il a été décidé qu'il bénéficiait d'un droit de visite et qu'il a été mis à sa charge une somme de deux cents euros mensuels à titre de contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant s'est conformé aux prescriptions du jugement en versant la totalité de ses contributions mensuelles depuis le mois d'octobre 2022 jusqu'à ce jour et en se rendant à l'ensemble des visites organisées par l'espace de rencontre, sauf une, le jugement relevant que les visites entre le père et l'enfant se déroulent positivement, leurs retrouvailles ayant été décrites comme émouvantes par les professionnels de l'espace de rencontre qui ont relevé que ces rencontres avaient été préparées par la mère qui leur a indiqué qu'elle souhaitait trouver des solutions pour que son enfant puisse continuer à voir son père. Dans ces conditions, M. B peut être regardé comme remplissant les conditions prévues à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet était tenu de saisir de son cas la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du même code, sans que puisse y faire obstacle la circonstance que sa présence constituerait une menace à l'ordre public. Faute d'avoir été précédé de cette consultation, le refus de délivrance de titre de séjour opposé au requérant est entaché d'un vice de procédure qui, eu égard à la garantie que cette consultation constitue pour l'intéressé, en justifie l'annulation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 30 septembre 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé à M. B le renouvellement de son titre de séjour, doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, celles portant obligation de quitter le territoire français, refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. L'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel le même préfet a assigné à résidence M. B dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée maximale de 45 jours, doit, par conséquent, être également annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En premier lieu, compte tenu du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, que le préfet des Hauts-de-Seine procède au réexamen de la situation de M. B après avoir recueilli l'avis de la commission du titre de séjour et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il y a lieu de fixer au préfet des Hauts-de-Seine un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement, pour procéder à un nouvel examen de la situation de M. B et un délai quinze jours, à compter de la notification du présent jugement, pour délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifié une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 20/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010, au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 susvisé : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

7. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français à M. B, implique l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui en résultait. Il est donc enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de faire procéder, dans un délai qu'il convient de fixer à trente jours à compter de la notification du présent jugement, à la suppression, par les services compétents, du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen compte tenu de cette annulation, laquelle constitue un motif d'extinction au sens de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 précité et de rapporter la preuve de ses diligences à M. B.

Sur les frais du litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 septembre 2024 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : L'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a assigné à résidence M. B est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, après avoir recueilli l'avis de la commission du titre de séjour et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, de faire procéder, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, à la suppression, par les services compétents, du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen compte tenu de l'annulation prononcée par l'article 1er du présent jugement et de rapporter la preuve à l'intéressé de ses diligences.

Article 5 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. COLINLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2416552