Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416624

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416624
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du préfet des Hauts-de-Seine classant sans suite une demande de naturalisation. La requérante invoquait l’urgence liée à son insertion professionnelle et à sa grossesse, mais le juge a estimé que sa carte de résident, valable jusqu’en 2031, lui permettait déjà de travailler et de vivre normalement en France. En l’absence d’urgence justifiée, la condition posée par l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’était pas remplie. La requête a donc été rejetée sans examen des moyens de fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Carrillo Cruz, demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 2 septembre 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande de naturalisation, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'obtention de la nationalité française lui permettrait de s'insérer durablement dans le marché du travail et de prétendre à des postes réservés aux nationaux, que cette situation est une source de stress néfaste dans le cadre de sa grossesse en cours, et qu'il est injustifié qu'elle s'acquitte de nouveau d'une taxe de 55 euros pour déposer un nouveau dossier ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle a été prise pour un motif erroné tiré de l'incomplétude de son dossier et au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que les dysfonctionnements qu'elle rencontrait sur son compte de l'ANTS n'ont pas été résolus et qu'elle n'a pas été mise en mesure de prendre connaissance de la demande de pièces complémentaires et d'y répondre ;

* elle a été prise en violation des dispositions des articles 21-14-1 et 21-17 du code civil et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est bien fondée à soumettre une demande de naturalisation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2415760, enregistrée le 24 octobre 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Pour justifier de l'urgence de sa situation, la requérante soutient que l'obtention de la nationalité française lui permettrait de s'insérer durablement dans le marché du travail et de prétendre à des postes réservés aux nationaux, que cette situation est une source de stress néfaste dans le cadre de sa grossesse en cours, et qu'il est injustifié qu'elle s'acquitte de nouveau d'une taxe de 55 euros pour déposer un nouveau dossier. Toutefois, il résulte en tout état de cause de l'instruction que la carte de résident dont elle est actuellement titulaire est valable jusqu'au 27 septembre 2031, et lui permet d'exercer une activité professionnelle et de mener une vie familiale normale sur le territoire français. Dans ces conditions, l'intéressée ne justifie pas d'une urgence à intervenir à bref délai sans attendre le jugement au fond.

3. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, en toutes ses conclusions, y compris celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait, à Cergy, le 2 décembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2416624