Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416644
jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2416644 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2024, M. A D, représenté Me Ottou, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision de rejet implicite née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, à défaut en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme directement.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée le place en situation de précarité ; en outre, sa situation administrative emporte des difficultés d'accès aux soins et à la prise en charge médicale que son état de santé requiert ; il ne bénéfice plus de ses droits sociaux dont notamment son allocation d'adulte handicapé ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;
* elle est entachée d'un défaut de base légale ;
* elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Vu :
- la requête n° 2416647, enregistrée le 19 novembre 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application de l'article L.511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sri-lankais entré en France le 21 juillet 2019, a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé et a fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une mesure d'éloignement annulés par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise par un jugement du 14 février 2024. Par ce même jugement, le tribunal a enjoint au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour pour soins dans un délai de deux mois à compter de sa notification. L'administration n'ayant pas donné suite à sa demande de titre de séjour, M. B demande, par la présente requête, à la juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision de rejet implicite née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur sa demande de titre de séjour depuis le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 14 février 2024.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du code précité : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par la requérante, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, et notamment des objectifs d'intérêt public poursuivis par la décision attaquée.
4. Par un jugement, en date du 14 février 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B un titre de séjour pour soins dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Par suite, le silence du préfet doit être analysé comme un défaut d'exécution de jugement au sens de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, et non comme une nouvelle décision implicite de rejet susceptible de recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions de la requête relèvent exclusivement des dispositions de l'article L. 911-4 du code de justice administrative. Par ailleurs, et en tout état de cause, le refus de titre de séjour dans le cadre d'une première demande n'est pas, à lui seul, de nature à caractériser une situation d'urgence ouvrant au juge des référés le pouvoir de prononcer une suspension d'exécution en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, le requérant ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Dès lors que l'urgence n'est pas établie, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D.
Fait à Cergy, le 5 décembre 2024
La juge des référés,
signé
A. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision0