Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416654

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416654
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, contestant l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 16 octobre 2024. Cet arrêté retirait son titre de séjour, refusait son renouvellement, l'obligeait à quitter le territoire français sans délai et prononçait une interdiction de retour d'un an, en raison de la menace à l'ordre public qu'il représentait. Le tribunal a jugé que la décision de retrait était suffisamment motivée et que le préfet n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour, car le retrait concernait une carte de séjour temporaire et non une carte pluriannuelle ou de résident. Les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'absence de menace à l'ordre public ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 novembre et 10 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Chaib Hidouci, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2024, notifié le 13 novembre 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a retiré son titre de séjour valable du 21 octobre 2022 au 20 octobre 2023, a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui renouveler son titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

- a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est illégal dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

En ce qui concerne la décision portant retrait de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant retrait de titre de séjour, refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Chaib Hidouci, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il expose à l'oral ;

- et les observations de M. B.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, né le 1er mai 1981, a été mis en possession d'un titre de séjour valable du 21 octobre 2022 au 20 octobre 2023 après le retrait de sa carte de résident par arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 15 juin 2022. Le 24 septembre 2023, M. B a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a retiré son titre de séjour valable du 21 octobre 2022 au 20 octobre 2023, a refusé de lui renouveler son titre de séjour, compte tenu de la menace à l'ordre public qu'il représente, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 21 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2024.

Sur les conclusions dirigées contre la décision de retrait d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fonde. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 412-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision de refus de renouvellement ou de retrait concerne une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident, l'autorité administrative prend en compte la gravité ou la réitération des manquements au contrat d'engagement au respect des principes de la République ainsi que la durée du séjour effectuée sous le couvert d'un document de séjour en France. Cette décision ne peut être prise si l'étranger bénéficie des articles L. 424-1, L. 424-9, L. 424-13 ou L. 611-3. / La décision de refus de renouvellement ou de retrait d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident est prise après avis de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". L'article L. 432-13 du même code énonce que : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () / 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10. ". Selon l'article L. 424-1 du même code : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ".

4. Le retrait de la carte de séjour de M. B n'est pas fondé sur les dispositions de l'article L. 412-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur la menace qu'il présente pour l'ordre public. Sa situation n'entre dans aucun des cas prévus par l'article L. 432-13 du même code dans lesquels la commission du titre de séjour est obligatoirement saisie pour avis. En tout état de cause, le préfet des Hauts-de-Seine mentionne avoir retiré la carte de séjour temporaire, valable du 21 octobre 2022 au 20 octobre 2023, ce titre, arrivé à terme le 20 octobre 2023. Par la suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

Sur les conclusions dirigées contre les autres décisions attaquées :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

6. M. B soutient être entré en France au cours de l'année 1991 dans le cadre d'une procédure de regroupement familial initié par son père et y résider depuis lors. Il fait également valoir que ses parents et l'une de ses sœurs résident régulièrement en France et que deux autres membres de sa fratrie sont de nationalité française. Toutefois, M. B est célibataire, sans enfant à charge et n'établit pas être dépourvu de toutes attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, où résident une tante et un cousin selon ses déclarations. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière à la société française, il indique ne pas travailler depuis 2010. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné le 29 octobre 2009 par le tribunal correctionnel de Versailles à 800 euros d'amende pour conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, le 25 septembre 2012 par le tribunal correctionnel de Nanterre à 500 euros d'amende pour les mêmes faits, le 7 février 2017 par le tribunal correctionnel de Nanterre à deux mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule à moteur malgré l'annulation judiciaire du permis de conduire, le 15 juillet 2019 à deux mois d'emprisonnement pour vol, le 15 décembre 2020 par le tribunal correctionnel de Nanterre à quatre mois d'emprisonnement pour récidive de vol avec destruction ou dégradation, le 1er mars 2021 par le Président du tribunal judiciaire de Bobigny à quatre mois d'emprisonnement pour vol avec destruction ou dégradation, le 11 mars 2021 par le tribunal correctionnel de Paris à quatre mois d'emprisonnement pour récidive de vol par escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, le 4 janvier 2022 par le tribunal correctionnel de Nanterre à 70 heures de travaux d'intérêt général à accomplir dans un délai d'un an et six mois à titre principal pour récidive de tentative de vol, le 6 octobre et le 13 décembre 2022 par le tribunal correctionnel de Nanterre à 120 jours-amende à deux euros à titre principal et à trois mois d'emprisonnement pour récidive de tentative de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, le 1er juin et le 9 août 2023 par le tribunal correctionnel de Paris à huit et à six mois d'emprisonnement pour récidive de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, le 28 novembre 2023 par la chambre des appels correctionnels de la Cour d'appel de Versailles à un an d'emprisonnement pour récidive de vol aggravé par deux circonstances et récidive de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt. Enfin, M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, vol aggravé par deux circonstances, vol, recel de bien provenant d'un vol, refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie. Ainsi, compte tenu de la nature, de la répétition et du caractère récent des faits reprochés à l'intéressé, le préfet a pu considérer que sa présence en France constitue une menace grave à l'ordre public. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a donc méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; ()".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. B ne démontre pas remplir effectivement les conditions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre à son encontre l'arrêté attaqué. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles liées aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le Magistrat désigné,

signé

S. Ouillon

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.