Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416705
lundi 9 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2416705 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 novembre et 6 décembre 2024, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 9 décembre 2024, Mme B A représentée par Me Charles, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 21 août 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et à traverser les frontières de l'espace Schengen, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros, à verser à Me Charles, en application des dispositions combinées des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est en situation de grande précarité financière, qu'elle a perdu le bénéfice de sa bourse académique sur critères sociaux qui nécessite la régularité de sa situation administrative et risque ainsi de perdre une opportunité académique, que ces décisions portent atteinte à son droit à mener une vie digne, à poursuivre son éducation, et à son droit de travailler dès lors que ne pourra pas poursuivre sa formation d'animatrice lui permettant de travailler durant les congés académiques, qu'elle se trouve dans l'impossibilité d'utiliser son titre de transport et risque d'être fichée à la banque de France ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision :
* est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;
* est entachée d'une erreur de faits sur sa situation personnelle ;
* a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
* est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2413448, enregistrée le 25 novembre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 9 décembre 2024 à 11 heures en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;
- les observations de Me Charles représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante congolaise née le 19 octobre 2002, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision en date du 21 août 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur la demande d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Il résulte de l'instruction, notamment des certificats de scolarité et bulletins scolaires produits à l'appui de la requête, que Mme A, née en Italie le 19 octobre 2002, séjourne habituellement en France depuis au moins le 4 décembre 2014, où elle a été régulièrement scolarisée. Par ailleurs, il est établi que la requérante, inscrite à l'Université de la Sorbonne en troisième année de licence d'italien au titre de l'année universitaire 2023-2024 a été titulaire d'une bourse d'enseignement supérieur sur critères sociaux. Sa bourse a été, pour l'année 2024-2025, suspendue et se retrouve en grande difficulté administrative et financière pour poursuivre ses études en Master 1 d'italien à l'Institut Catholique de Paris, où sa candidature a été retenue. Il n'est, par ailleurs, pas contesté que cette bourse constituait ses seules ressources. Dans ces conditions, la requérante justifie de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Il suit de là que la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
5. En l'état de l'instruction, compte tenu de l'ancienneté de son séjour en France et de son engagement dans un parcours d'insertion sociale et professionnelle, le moyen invoqué par Mme A et tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise a, en rejetant sa demande de titre de séjour, entaché son appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle d'une erreur manifeste, paraît de nature de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision la décision en date du 21 août 2024.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions de Mme A aux fins de suspension de l'exécution de la décision en date du 21 août 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction
7. Eu égard à ce qui a été dit aux points 4, 5 et 6, il y a lieu d'ordonner, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, au préfet du Val-d'Oise de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance au réexamen de la situation de Mme A, et, dans l'attente de ce réexamen, de délivrer à l'intéressée, dans un délai 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle soit prononcée et que son avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Charles d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision en date du 21 août 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de Mme A tendant à la délivrance d'un titre de séjour est suspendue.
Article 3 : Il est fait injonction au préfet du Val-d'Oise de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la situation de
Mme A, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Article 4 : Il est fait injonction au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme A, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Article 5 : L'État versera à Me Charles, avocate de Mme A, la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve que l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle soit prononcée et que Me Charles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie-en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 9 décembre 2024.
Le juge des référés,
signé
E. Lamy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24167052