Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416756

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416756
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision de placement à l’isolement d’un détenu. Le juge a constaté que la mesure contestée avait cessé de produire ses effets en raison du transfert du requérant vers un autre établissement pénitentiaire avant l’introduction de la requête. En conséquence, la demande a été jugée irrecevable, faute d’objet, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les moyens soulevés. Cette solution repose sur l’application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Hebmann et Me Ciaudo, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 8 octobre 2024 par laquelle le chef d'établissement du centre pénitentiaire des Hauts-de-Seine a ordonné son placement à l'isolement ;

3°) d'enjoindre au chef d'établissement d'ordonner la levée de son isolement, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors que la décision attaquée a pour objet son placement d'office à l'isolement et que l'administration ne fait état d'aucune circonstance particulière permettant de renverser la présomption d'urgence ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle a été prise en violation des droits de la défense dès lors qu'il n'a pas pu présenter d'observations préalables ni être assisté d'un avocat ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits dès lors que le risque prosélyte allégué n'est pas établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable dès lors que M. B a été transféré à la maison d'arrêt de Nancy-Maxéville le 29 octobre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2416757, enregistrée le 21 novembre 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 5 décembre 2024 à

14 heures 30.

Le rapport de Mme Richard a été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, incarcéré au centre pénitentiaire des Hauts-de-Seine, a fait l'objet d'un placement provisoire à l'isolement par mesure d'urgence pour une durée de trois mois en date du 8 octobre 2024. Par la présente requête, M. B demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte de l'instruction que M. B a été transféré à la maison d'arrêt de Nancy-Maxeville le 29 octobre 2024. La décision attaquée par laquelle le chef d'établissement du centre pénitentiaire des Hauts-de-Seine avait ordonné son placement à l'isolement avait ainsi cessé de produire ses effets à la date d'introduction de la requête. Par suite, le garde des sceaux, ministre de la justice est fondé à soutenir que la requête est dépourvue d'objet et doit être rejetée en toutes ses conclusions comme étant irrecevable, sans qu'il y ait lieu d'accorder au requérant l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Cergy, le 5 décembre 2024.

La juge des référés,

Signé

A. Richard

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.