Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416768

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416768
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme B A. Celle-ci demandait qu'il soit enjoint à la Caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV) d'Île-de-France de prendre les mesures nécessaires au versement de sa pension de retraite. Le juge constate que le litige, portant sur le versement de prestations de sécurité sociale, relève de la compétence exclusive de l'ordre judiciaire en application des articles L. 142-1 et L. 142-8 du code de la sécurité sociale. Par conséquent, la requête est rejetée comme manifestement irrecevable, la juridiction administrative étant incompétente pour en connaître.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2024, Mme B A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV) d'Ile-de-France de prendre sans délai toutes les mesures nécessaires au versement de sa pension de retraite.

Elle soutient que :

- l'urgence est établie dès lors qu'elle s'est retrouvée sans ressources après avoir été hospitalisée pendant quatre mois en raison d'un problème de santé, période pendant laquelle sa carte de résident a expiré sans qu'elle ait pu la renouveler à temps ce qui a eu pour effet de la priver du bénéfice de sa pension de retraite ;

- cette situation constitue une atteinte au principe d'égalité devant les services publics ;

- la mesure est utile dès lors qu'elle a effectué de nombreuses démarches auprès de la CNAV, du médiateur de la CNAV, du conciliateur et du Défenseur des droits sans que sa situation ne soit à ce jour réglée.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. En vertu de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience notamment lorsqu'il apparait manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative.

3. Aux termes de l'article L. 222-4 du code de la sécurité sociale, relatif à la caisse nationale d'assurance vieillesse : " La caisse nationale est un établissement public national à caractère administratif. Elle jouit de la personnalité juridique et de l'autonomie financière. Elle est soumise au contrôle des autorités compétentes de l'Etat ". Aux termes de l'article L. 215-1 de ce code : " Les caisses d'assurance retraite et de la santé au travail : 1° Enregistrent et contrôlent les données nécessaires à la détermination des droits à retraite des assurés du régime général. Elles liquident et servent les pensions résultant de ces droits. Elles informent et conseillent les assurés et leurs employeurs sur la législation de l'assurance vieillesse () ; ". Aux termes de l'article L. 222-1-1 du même code : " La Caisse nationale d'assurance vieillesse exerce, pour la région Ile-de-France, les missions fixées aux 1° et, pour ce qui la concerne, 3° de l'article L. 215-1 ". Aux termes de l'article L. 200-2 du code de la sécurité sociale : " Le régime général comprend cinq branches : () 3° Vieillesse et veuvage () ; ". Aux termes de l'article L. 222-1 de ce code : " La Caisse nationale d'assurance vieillesse gère la branche mentionnée au 3° de l'article L. 200-2 () " et aux termes de l'article R. 222-1 du même code : " La Caisse nationale d'assurance vieillesse coordonne et contrôle la gestion de l'assurance vieillesse et de l'assurance veuvage par les caisses d'assurance retraite et de la santé au travail, notamment en ce qui concerne la tenue des comptes des assurés, les modalités de liquidation des droits et de paiement des prestations, l'utilisation d'imprimés et, plus généralement, l'organisation et le fonctionnement des services chargés de gérer l'assurance vieillesse et l'assurance veuvage ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : () 7° Aux décisions des caisses d'assurance retraite et de la santé au travail () ; " et aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ; ".

5. Il résulte des dispositions citées au point 3 de la présente ordonnance que la caisse nationale d'assurance vieillesse de l'Île-de-France doit être regardée comme étant une caisse d'assurance retraite et de la santé au travail au sens de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Ainsi, les décisions prises par cet organisme relèvent, en application de l'article L. 142-3 du même code, de la seule compétence des juridictions judiciaires. Si le présent litige ne fait état d'aucune décision prise par la CNAV, et que cet organisme revêt la nature d'un établissement public administratif, ainsi que le rappellent les dispositions de l'article L. 222-4 du code de la sécurité sociale, ce qui serait de nature à admettre la compétence de la juridiction administrative pour en connaître, il résulte clairement des dispositions de l'article L. 142-8 du même code, que le législateur a souhaité déroger aux règles de répartition des compétences entre les deux ordres de juridiction. Il a ainsi confié l'ensemble du contentieux de la sécurité sociale, tel que défini par les dispositions de l'article L. 142-1 de ce code, aux juridictions de l'ordre judiciaire. Eu égard à cette exigence d'unification du contentieux de la sécurité sociale au profit des juridictions judiciaires et de bonne administration de la justice, les articles L. 142-1 et L. 142-8 du code de la sécurité sociale impliquent nécessairement la compétence des juridictions judiciaires pour connaître de ce contentieux. Dans ces conditions, la juridiction administrative est incompétente pour connaître du litige porté par Mme A.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme A selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative comme portée devant un ordre de juridiction incompétente pour en connaître.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée en tant qu'elle est portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Cergy-Pontoise, le 3 décembre 2024.

La juge des référés,

signé

A. Richard

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.0