Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416894
vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2416894 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 novembre 2024 et le 5 décembre 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Imperio Club, représentée par Me Boulay et Me Chiche, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 10 novembre 2024, notifié le 13 novembre 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise a ordonné la fermeture immédiate de son établissement situé 10 rue Fernand Léger à Pierrelaye (95) pour une durée de deux mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté emporte pour conséquence l'arrêt brutal et net de son activité commerciale emportant un risque de conduire à un dépôt de bilan et ainsi à un placement en sauvegarde ou redressement judiciaire en portant atteinte à la liberté d'entreprendre et la liberté de commerce et d'industrie de l'établissement alors que sa responsabilité dans les évènements n'est pas avérée ou démontrée, que la période de fin d'année est une saison d'activité essentielle à la pérennité de l'établissement et permettrait de placer ses finances en équilibre, que cela emporte également une perte financière pure des denrées périssables conservées dans l'établissement ;
- il existe plusieurs moyens, propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense prévus par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'une inexactitude matérielle des faits ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation des faits qui le fonde en ce que la durée de fermeture est excessive et disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SAS Imperio Club la somme de 1 200 euros au titre des frais d'instance.
Il soutient que l'urgence n'est pas établie et qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire un doute quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 17 novembre 2024 sous le n°2416458 par laquelle la SAS Imperio Club demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 5 décembre 2024
à 14 heures 30.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de
M. Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Richard ;
- les observations de Me Boulay représentant la SAS Imperio Club, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. A, pour le préfet du Val-d'Oise.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté en litige, la société requérante fait valoir que ce dernier porte une atteinte grave et immédiate à sa situation, dès lors qu'elle a pour conséquence l'arrêt brutal de son activité commerciale alors que la période de fin d'année constitue une saison haute d'activité, avec un risque de dépôt de bilan. Pour établir la réalité des conséquences financières de la fermeture sur sa situation comptable, la requérante produit des attestations de son expert-comptable établissant un niveau mensuel de charges fixes de 84 491 euros et rappelant les chiffres d'affaires réalisés par l'établissement les mois de novembre et décembre des années 2022 et 2023. Toutefois, ces éléments, pour précis qu'ils soient s'agissant du chiffre d'affaires escompté et des coûts fixes supportés par la société requérante, ne se prononcent pas sur les conséquences financières de la fermeture administrative et ne démontrent pas que cette fermeture temporaire est de nature à mettre en péril la pérennité de l'établissement ainsi que ses conséquences difficilement réparables. Les éléments invoqués ne suffisent ainsi pas à justifier de l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il suit de là que les conclusions aux fins de suspension doivent être rejetées.
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SAS Imperio Club au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette dernière la somme demandée par le préfet du Val-d'Oise au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SAS Imperio Club est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet du Val-d'Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Imperio Club et au préfet du Val d'Oise.
Fait à Cergy, le 6 décembre 2024.
La juge des référés,
Signé
A. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.