Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416986
mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2416986 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ARZALIER |
Résumé IA
Texte intégral
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné ;
- les observations de Me Arzalier, avocat désigné d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 dès lors que des membres de sa famille résident en France et notamment sa mère ;
- et les observations de M. A.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité congolaise, né le 7 août 1992, est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu. Il a introduit une demande d'asile en France le 20 septembre 2024. La consultation du fichier " Visabio " a révélé qu'au moment du dépôt de sa demande d'asile, il était en possession d'un visa en cours de validité délivré le 23 août 2024 par les autorités consulaires espagnoles. La demande de prise en charge adressée aux autorités de ce pays le 7 octobre 2024 a donné lieu à un accord le 14 novembre 2024. Par l'arrêté attaqué du 21 novembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé du transfert de M. A aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 : " () 2. Lorsque l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère visé au paragraphe 1 réside légalement dans un État membre autre que celui où se trouve le demandeur, l'État membre responsable est celui dans lequel l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère réside légalement, à moins que l'état de santé du demandeur ne l'empêche pendant un temps assez long de se rendre dans cet État membre. Dans un tel cas, l'État membre responsable est celui dans lequel le demandeur se trouve. Cet État membre n'est pas soumis à l'obligation de faire venir l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère sur son territoire. ". Pour se prévaloir de ces dispositions pour la détermination de l'Etat responsable du traitement de la demande d'asile d'un ressortissant étranger, il faut que celui-ci puisse justifier de la présence en France d'un membre de famille y résidant légalement, ainsi que de la dépendance de ce membre de famille à son égard.
3. Si M. A soutient que son père, de nationalité belge, sa mère, sa sœur et deux tantes maternelles résident légalement sur le territoire français, cette seule circonstance est insuffisante pour démontrer une dépendance entre le requérant, qui a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 32 ans, et sa famille au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 16 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
5. M. A soutient qu'il craint des persécutions en cas de retour en République Démocratique du Congo dès lors qu'il a participé à des manifestations au sein du parti d'opposition Ecidé et qu'il possède de la famille en France qui pourrait l'aider. Toutefois, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet ni pour effet de renvoyer le requérant dans son pays d'origine et il ne ressort pas des pièces du dossier que sa demande d'asile aurait été rejetée en Espagne et qu'il serait exposé à un risque que sa demande d'asile ne soit pas traitée par les autorités espagnoles dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. L'intéressé ne démontre pas davantage que son transfert aux autorités espagnoles l'exposerait personnellement au risque de subir des traitements inhumains ou dégradants dans ce pays. Enfin, il ne justifie d'aucune circonstance particulière justifiant que le préfet des Hauts-de-Seine fasse usage de la clause dérogatoire prévue par les dispositions de l'article 17 précitées. Le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui a pour objet de garantir aux ressortissants étrangers un examen circonstancié de leur demande d'asile, ne leur permet toutefois pas de choisir, parmi les États membres, celui qui sera responsable de cet examen. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2024 du préfet des Hauts-de-Seine. Par suite, sa requête doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
S. Ouillon
La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2416986