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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2417339

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2417339

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2417339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantGRAUZAM - ELBAZ - SAMAMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2024, M. A... B..., représenté par Me Samama, demande au tribunal :

d’annuler la décision « 48 SI » du 28 août 2024 portant invalidation de son permis de conduire et les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 23 août 2021, 14 juillet 2022, 8 novembre 2022 et 13 novembre 2022, 17 janvier 2023,
19 février 2023, 8 mars 2023, 17 mars 2023 et 11 juin 2023 ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer les points illégalement retirés à compter de la notification du jugement à intervenir.


Il soutient que :

- les décisions de retrait de points afférentes aux infractions susmentionnées ne lui ont pas été notifiées ;
- l’obligation de communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points n’a pas été respectée.


Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2025, le ministre de l’intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

-
les mentions des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 23 août 2021, 17 janvier 2023, 8 mars 2023, 11 juin 2023 ont été supprimées du relevé d’information intégral ;
-
le solde de points du permis de conduire, crédité d’un point étant redevenu positif, il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions portant sur la décision 48 SI qui doit être regardée comme ayant été retirée ;
-
les points consécutifs aux infractions des 8 novembre 2022 et 13 novembre 2022 ont été restitués au requérant ;
-
les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
le code de procédure pénale ;
le code de la route ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Rolin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

A la suite d’infractions au code de la route commises les 23 août 2021,
14 juillet 2022, 8 novembre 2022 et 13 novembre 2022, 17 janvier 2023, 19 février 2023,
8 mars 2023, 17 mars 2023 et 11 juin 2023, le ministre de l’intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B.... Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l’intérieur a, par décision « 48 SI » du 28 août 2024, prononcé l’invalidation de ce permis et ordonné à
M. B... de restituer son titre de conduite. M. B... demande l’annulation des retraits de points prononcés à la suite des infractions précitées ainsi que de la décision « 48 SI » du
28 août 2024 portant invalidation de son permis de conduire.


Sur le non-lieu partiel :

D’une part, il résulte du relevé d’information intégral afférent au permis de conduire de M. B... produit par le ministre de l’intérieur en défense et édité le
28 mars 2025 que les mentions de la décision « 48 SI » du 28 août 2024 et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 23 août 2021, 17 janvier 2023, 8 mars 2023 et 11 juin 2023 ont été supprimées du dossier du requérant, le solde de points du permis de conduire, redevenu positif, étant crédité d’un point. Il s’en déduit que la décision « 48 SI » du 28 août 2024 portant invalidation du permis de conduire de M. B... pour solde de points nul doit donc être regardée comme ayant été retirée par le ministre de l’intérieur postérieurement à l’introduction de la requête. D’autre part, les points retirés à la suite des infractions relevées les 8 novembre 2022 et 13 novembre 2022 ont été restitués. Il n’y a donc plus lieu de statuer sur les décisions de retrait de points consécutives aux infractions précitées ainsi que sur la décision « 48 SI » en litige.


Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions successives de retrait de points :

Aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / (…).». En application de l’article L. 223-3 du même code : « Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique ». Aux termes de l’article L. 223-5 du même code : « En cas de retrait de la totalité des points, l'intéressé reçoit de l'autorité administrative l'injonction de remettre son permis de conduire au préfet de son département de résidence et perd le droit de conduire un véhicule. ».


Si M. B... soutient qu’il n’a pas été destinataire des décisions successives portant retrait de points de son permis de conduire, les conditions de notification des décisions de retrait de points ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l’intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l’administration ne soit pas en mesure d’apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée au demeurant par lettre simple, dans le respect des dispositions du code de la route, a bien été reçue par son destinataire, est sans incidence sur la légalité de ces décisions de retrait de points. Dès lors, M. B... ne saurait utilement se prévaloir de ce que les décisions de retrait de points ne lui auraient pas été notifiées pour en contester la légalité. Par suite, ce moyen ne peut qu’être écarté comme inopérant.


En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d’information :

Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l’intéressé est avisé qu’une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l’article L. 223-2, de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès conformément aux articles L. 225 1 à L. 225-9. Lorsqu’il est fait application de la procédure de l’amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l’auteur de l’infraction est informé que le paiement de l’amende ou l’exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l’infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d’une infraction entraînant retrait de points, l’auteur de celle-ci est informé qu’il encourt un retrait de points si la réalité de l’infraction est établie dans les conditions définies à l’article L. 223-1. II. - Il est informé également de l’existence d’un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d’accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d’accès aux informations ci-dessus mentionnées s’exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225 1 à L. 225-9. (…) ».


Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.


Le paiement par le contrevenant de l’amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l’article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu’il a préalablement reçu l’avis d’amende forfaitaire majorée. Tant avant qu’elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28 que depuis l’entrée en vigueur de cet arrêté, le formulaire d’avis d’amende forfaitaire majorée utilisé par l’administration est revêtu de mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu’en l’absence de contestation de l’amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l’ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l’amende forfaitaire majorée suffit à établir que l’administration s’est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d’information, à moins que le requérant, à qui il appartient à cette fin de produire l’avis qu’il a nécessairement reçu, ne démontre que cet avis était inexact ou incomplet.


Il résulte de l’attestation de paiement du trésorier principal de la trésorerie du contrôle automatisé produite par le ministre en défense que les amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions relevées par radar automatique les 14 juillet 2022, 19 février 2023 et 17 mars 2023 ont été payées. En l’absence de tout élément avancé par le requérant qui serait de nature à mettre en doute la réalité et les conditions d’intervention du paiement des amendes forfaitaires majorées afférentes à ces infractions, ces paiements établissent que M. B... a reçu un avis d’amende forfaitaire majorée, lequel mentionne les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d’information préalablement à ces décisions de retrait de points doit être écarté.


Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions à fin d’annulation de la requête doit être rejetée. En conséquence, les conclusions à fin d’injonction doivent également être rejetées.




DECIDE :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tenant à l’annulation de la décision « 48 SI » du 28 août 2024 et des décisions de retrait de points correspondant aux infractions des 23 août 2021, des 8 novembre 2022, 13 novembre 2022, 17 janvier 2023,
8 mars 2023 et 11 juin 2023.


Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


La magistrate désignée,
signé

E. Rolin
La greffière,
signé
S. Lefebvre


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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