Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2417829

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2417829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant turc, qui demandait l’annulation de l’arrêté du préfet du Val-d’Oise ordonnant son transfert aux autorités belges, responsables de l’examen de sa demande d’asile. Le tribunal a jugé qu’un éventuel vice de procédure lors de la demande d’asile en Belgique était sans incidence sur la légalité de la décision de transfert. Il a également estimé que la clause discrétionnaire de l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ne confère aucun droit au demandeur et que l’arrêté ne méconnaît pas l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, faute pour M. B de justifier d’une vie privée et familiale intense en France. La solution retenue est le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2024, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités belges responsables de sa demande d'asile.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il aurait bénéficié d'un entretien individuel dans une langue qu'il comprend lors de sa demande d'asile en Belgique;

- il méconnait l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors qu'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe en Belgique des défaillances systémiques dans les conditions d'accueil des demandeurs d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 24 décembre 2024, le préfet du Val-d'Oise informe le tribunal qu'il confirme sa décision et transmet les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Cordary, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cordary, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 26 décembre 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 20 juillet 2005, a introduit une demande d'asile en France le 30 octobre 2024. Les autorités belges ont été saisies, le même jour, d'une demande de prise en charge et ont accepté par accord du 6 novembre 2024. Par un arrêté du 4 décembre 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a décidé son transfert aux autorités belges responsables de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, la circonstance, à la supposer établie, que la demande d'asile que M. B a déposé en Belgique, préalablement à son entrée sur le territoire français, soit entachée d'un vice de procédure, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

3. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si M. B soutient qu'il dispose de son entourage et d'amis sur le territoire français, il n'en justifie, pas faute de verser à l'instance des documents de nature à démontrer l'intensité de sa vie privée et familiale sur le territoire français. Dans ces conditions, l'arrêté en litige n'a pas méconnu les dispositions et les stipulations précitées.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 4 décembre 2024 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 27 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Cordary La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au Préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.