Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2418573

mardi 24 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2418573
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'exécution de la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 15 novembre 2024 refusant le regroupement familial de M. A avec son épouse. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la séparation conjugale et l'état de santé invoqué ne constituant pas une atteinte suffisamment grave et immédiate justifiant une suspension. La requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens soulevés par le requérant, notamment ceux tirés de la méconnaissance de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Boudjellal, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 15 novembre 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'autoriser le regroupement familial à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la condition d'urgence :

- la décision attaquée fait obstacle à la réunification familiale alors que la présence de son épouse est indispensable à ses côtés eu égard à son état de santé.

En ce qui concerne les moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit quant à l'appréciation de ses conditions de ressources ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet a méconnu le champ d'application de la loi ;

- elle est illégale en ce qu'elle ne peut trouver son fondement légal sur le pouvoir général d'appréciation du préfet au regard de la menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a ajouté, à la convention franco-algérienne, une condition qu'elle ne prévoit pas ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la caractérisation de la menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la requête n° 2417968, enregistrée le 11 décembre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné Mme Saïh, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 27 avril 1996, est titulaire d'un titre de séjour valable du 21 mars 2016 au 20 mars 2026. Il a déposé une demande de regroupement familial en faveur de son épouse Mme C. Par une décision en date du 15 novembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de regroupement familial, aux motifs que ses ressources sont insuffisantes et qu'il constitue une menace pour l'ordre public. Par la présente requête, M. A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. Pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence, M. A se prévaut de la séparation avec son épouse et de son état de santé qui nécessite la présence de celle-ci auprès de lui. Toutefois, au regard des objectifs poursuivis par la règlementation sur le regroupement familial, la circonstance que M. A vit séparément de son épouse n'est pas de nature à justifier une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. En outre, si l'intéressé se prévaut d'un certificat médical établi le 18 décembre 2024 par un médecin généraliste, ce document, rédigé dans des termes généraux et peu circonstanciés, ne permet pas d'établir que son état de santé nécessite la présence de son épouse à ses côtés. Ainsi, les circonstances qu'il invoque ne permettent pas de caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe au regard des moyens invoqués un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 24 décembre 2024.

La juge des référés,

Signé

Z. Saïh

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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