Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2418587
mardi 24 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2418587 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Bertin, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors qu'il demande le renouvellement de son titre de séjour et que l'absence de délivrance de récépissé le place dans une situation précaire ; son employeur l'a mis en demeure de produire un justificatif de son droit au séjour avant le 31 décembre 2024 ; il risque ainsi de perdre son emploi ;
- l'absence de délivrance de récépissé porte une atteinte grave et immédiate à sa liberté d'aller et venir et à son droit d'exercer une activité professionnelle ; en effet, il ne s'est pas vu remettre, en méconnaissance de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un nouveau récépissé suite à sa demande de renouvellement de son titre de séjour alors qu'il a sollicité la sous-préfecture du Havre puis la préfecture du Val-d'Oise à plusieurs reprises.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Saïh, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties de la tenue de l'audience publique du
24 décembre 2024 à 13 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Saïh, juge des référés,
- les observations de Me Bertin, pour M. A, non présent, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens et fait valoir, en outre, en réponse aux observations du préfet du Val-d'Oise que le site Internet de l'administration des étrangers en France ne permet ni d'effectuer un changement d'adresse ni de présenter une demande de changement de statut en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ;
- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présenté ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais né le 18 janvier 1990, était titulaire d'un titre de séjour " étudiant " valable du 1er mai 2023 au 30 avril 2024 dont il a sollicité le renouvellement le 1er mars 2024 auprès des services de la sous-préfecture du Havre via le site de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF). Il obtient une attestation de prolongation d'instruction valable du 31 juillet 2024 au 30 octobre 2024. En l'absence de renouvellement de cette attestation et compte tenu de son changement d'adresse, il a sollicité le 3 novembre 2024 un rendez-vous auprès des services de la préfecture du Val-d'Oise pour solliciter un changement de statut. Un rendez-vous a été fixé au 18 février 2025 mais la préfecture du Val-d'Oise ne lui a pas délivré d'attestation de prolongation d'instruction ou de récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour. Par la présente requête, M. A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise à très bref délai.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. Ainsi qu'il a été dit au point 1 de la présente ordonnance, M. A a demandé le renouvellement de son titre de séjour le 1er mars 2024 auprès des services de la sous-préfecture du Havre via le site de l'ANEF. Il obtient une attestation de prolongation d'instruction valable du 31 juillet 2024 au 30 octobre 2024. Il résulte, en outre, de l'instruction que M. A a été recruté à compter du 2 septembre 2024 en qualité de RD junior sous couvert d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel par la société AGH Paris. A cet égard, son employeur a sollicité, le 3 octobre 2024, une autorisation de travail pour le recruter à plein temps. L'autorisation demandée a été accordée le 24 octobre 2024. Par ailleurs, en l'absence de renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction malgré ses relances auprès de la sous-préfecture du Havre et compte tenu de son changement d'adresse, M. A a saisi, le 3 novembre 2024, la préfecture du Val-d'Oise d'une demande de rendez-vous en vue de modifier le fondement de sa demande de renouvellement de titre de séjour et solliciter ainsi un changement de statut en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le site de l'ANEF ne permettant pas de présenter une telle demande. Un rendez-vous a été fixé au 18 février 2025. Toutefois, la préfecture du Val-d'Oise ne lui a pas délivré d'attestation de prolongation d'instruction ou de récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour. La préfecture du Val-d'Oise n'a pas davantage répondu à ses différentes relances tendant à la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction ou d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler. Enfin, il résulte de l'instruction que M. A, qui travaille depuis le 2 septembre 2024 et bénéficie d'une autorisation de travail, a été mis en demeure par son employeur, par courrier du 16 décembre 2024, de produire un titre de séjour en cours de validité ou, à défaut, un document justifiant de la régularité de son séjour en France, sous peine de suspendre son contrat de travail. Par suite, le fait pour M. A de ne pas disposer d'un document lui permettant de justifier du caractère régulier de son séjour en France et de son droit au travail préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts de telle sorte que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est remplie.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
5. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / Le récépissé n'est pas remis au demandeur d'asile titulaire d'une attestation de demande d'asile. ". Aux termes de l'article R. 431-15 de ce même code : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. ".
6. Il résulte de l'instruction que M. A s'est vu délivrer par les services du ministère de l'intérieur un document intitulé " Confirmation du dépôt d'une demande de renouvellement de titre de séjour " qui mentionne qu'il a déposé, le 1er mars 2024, avec succès une demande de renouvellement de son titre de séjour auprès de la sous-préfecture du Havre via le site Internet de l'ANEF. Il s'est ensuite vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction d'une demande de renouvellement de titre de séjour valable du 31 juillet 2024 au 30 octobre 2024. Ce document mentionne qu'il maintient " l'ensemble des droits ouverts en raison du titre de séjour précédemment détenu. Si ce titre permettait d'exercer une activité professionnelle, celle-ci peut se poursuivre pendant la durée de validité de cette attestation. Elle ne permet pas l'ouverture de droits nouveaux. ". Il résulte également de l'instruction que le requérant, qui n'a pas obtenu le renouvellement de cette attestation, exerce une activité professionnelle depuis le 2 septembre 2024 et bénéficie d'ailleurs d'une autorisation de travail en date du 24 octobre 2024, a saisi, le 3 novembre 2024, à la suite de son changement d'adresse, la préfecture du Val-d'Oise d'une demande de rendez-vous en vue de modifier le fondement de sa demande de renouvellement de titre de séjour et solliciter ainsi un changement de statut en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le site de l'ANEF ne permettant pas de présenter une telle demande. Un rendez-vous a été fixé au 18 février 2025. Toutefois, la préfecture du Val-d'Oise ne lui a pas délivré d'attestation de prolongation d'instruction ou de récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour. Si le préfet du Val-d'Oise lui reproche d'avoir attendu le 3 novembre 2024 pour déclarer son changement d'adresse et son changement de statut, M. A établit néanmoins, par les pièces versées au dossier, que le site Internet de l'ANEF ne permet pas d'effectuer en ligne ces démarches. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le fait pour le requérant de ne pas disposer d'un document lui permettant de justifier du caractère régulier de son séjour en France et de son droit au travail préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts et le préfet du Val-d'Oise doit, dès lors, être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir et au droit au travail de M. A, qui constituent des libertés fondamentales au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. A une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A d'une somme de 1000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. A une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 24 décembre 2024.
La juge des référés,
Signé
Z. Saïh
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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